Réussir Aviculture 11 février 2002 à 15h55 |

Elevage d´autruche - La rareté de l´autruche compense un difficile élevage

Éleveur d´autruches depuis 1992, installé en Dordogne en 1996, Gérard Gadeau, comme la plupart de ses collègues, peine à maîtriser cet oiseau africain.

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«Dans ma tête je suis un original. En 1991, j´ai décidé d´élever de l´autruche avant même d´en avoir vu une pour de vrai. » Gérard Gadeau vit à Saint-Saud-Lacoussière, tout au nord de la Dordogne, à 50 kilomètres d´Angoulême et de Limoges. Natif de ce pays, c´est là qu´il passe à l´acte en 1992 après que la vente des ratites ait été autorisée en France. C´était le boom de l´autruche, l´époque où les reproducteurs valaient 30 000 francs pièce. Ils coûtent à peine 6 000 francs (915 euros) aujourd´hui. Sans formation spécialisée, sinon son diplôme agricole général, il acquiert en 1992 et 1993 deux couples de reproducteurs. L´affaire se concrétise vraiment en 1995 avec deux trios de plus (un mâle pour deux femelles) et le projet d´installation sur une ferme de 26 hectares de SAU.
Autruches de chair ©PLD

« L´autruche ne se comporte et ne s´élève pas comme un oiseau. »
Le statut d´éleveur d´autruches n´étant pas reconnu, Gérard s´installe aussi avec des vaches Limousines allaitantes pour bénéficier des prêts Jeunes agriculteurs. Encore aujourd´hui, il possède une vingtaine de mères qui fournissent du veau de lait label rouge. Mais il y passe le moins de temps possible, absorbé qu´il est par ses autruches.

Aujourd´hui, l´élevage d´autruches compte six trios de reproducteurs et leur suite. Les pontes s´échelonnent de mars à septembre. Une femelle donne en moyenne une cinquantaine d´oufs, mais avec de grandes variations (20 à 100 par saison). Les autruchons naissent après 40 jours d´incubation artificielle. Ils sont abattus vers l´âge de 18 mois.
Beaucoup de pertes, surtout le premier mois
Les 5 hectares de parcours grillagé sont équipés d´abris sommaires. Car bien qu´originaire d´Afrique, l´autruche supporte très bien de vivre en permanence à l´extérieur. Enfin presque... Si la rusticité des adultes est bonne, les éleveurs se heurtent à la maîtrise de l´élevage des jeunes nouveau-nés. Ceux-ci éclosent avec un important sac vitellin qui met 3 semaines à se résorber. Le passage à l´aliment est difficile à obtenir. « Quand un autruchon naît, résume Gérard, il ne pense qu´à se laisser mourir ! » En effet, si le petit se trouve bien au chaud, il a tendance à rester sans bouger et ne se nourrit pas. Chaque éleveur a ses astuces. Gérard place les autruchons à l´extérieur avec un accès à des petits tunnels plastique munis d´un radiant électrique. « ça marche mieux qu´en bâtiment et j´ai pu en récupérer quelques-uns. »
Néanmoins, la mortalité normale avoisine 50 % jusqu´à l´abattage, avec une grosse part de pertes durant le premier mois. Cette absence de maîtrise est problématique :« Pour les éleveurs installés à temps plein et qui ont beaucoup investi, augmenter la productivité est une nécessité vitale. En comparaison, mon élevage de canards prêts-à-gaver, c´est du gâteau. »
Des produits frais ©PLD

Les produits sont vendus aux particuliers, en frais.

Investissements imprévus pour l´abattage
Vu la lente montée en charge de l´élevage d´autruches, presque deux ans pour obtenir des rentrées d´argent, Gérard Gadeau s´est en effet tourné en 1998 vers une production à rotation rapide. Avec ses cinq lots de 2 000 canards IGP Périgord sur 3 hectares de parcours, il s´assure des rentrées régulières (1,52  de rémunération par tête) qui alimentent sa trésorerie.
L´abattage des autruches est réalisé sur place depuis 1999. « Je n´avais pas prévu cet investissement. Je comptais sur une organisation en filière. J´ai d´abord dû abattre moi-même à l´extérieur. » En 1996, il se rend en Vendée chez un éleveur ayant un abattoir agréé. Compte tenu du temps passé et des frais engendrés, il abandonne cette solution. Les deux années suivantes, il tue dans une salle agréée d´un centre d´abattage situé à 15 km près de Nontron. « Sans compter ma main-d´ouvre, cela revenait entre 900 et 1 000 francs par bête tuée, avec beaucoup de contraintes. »

Avec le nombre grandissant de bêtes à abattre, il se voit obligé d´opter pour un abattoir agréé UE qui lui coûte 500 000 francs. Heureusement pour lui, des éleveurs de Dordogne - eux aussi sans lieu d´abattage - l´ont rapidement contacté pour faire abattre à façon. Il reçoit aussi épisodiquement des bêtes de Moulins et de Carcassonne. Cela l´aide en attendant un plus grand volume produit localement. Pour pallier à son manque de viande, important en cette fin 2001, Gérard Gadeau a acheté en vivant 70 émeus et 20 nandous. Ces animaux sont faciles à élever mais ils n´ont pas l´image commerciale de l´autruche. Leurs carcasses, plus petites, sont difficiles à découper avec moins de morceaux nobles de grande taille.
La clientèle est exclusivement composée de particuliers venant à la ferme, certains prêts à faire 2 heures de route pour ce produit original. Le gros des ventes, soit environ un tiers, est réalisé pour les fêtes de fin d´année. « On a toujours été en manque de bêtes. Je vends par le bouche à oreille. Et nous ne sommes pas des concurrents de la viande d´importation moins chère et de moins bonne qualité. »

La prospection commerciale est inutile
Chaque viande, française ou importée, a son propre créneau. Les GMS ou les restaurateurs préfèrent acheter de la viande importée moins chère : 9 /kg (60 F/kg) chez le grossiste, revendue 15  (100 F) au détail. « J´aimerais baisser le prix si je pouvais. Encore faudrait-il avoir plus de bêtes à abattre. »
De plus, Gérard Gadeau se heurte de plus en plus à la politique commerciale des groupes transporteurs de viande fraîche. A moins de 5 000 francs de facturation mensuelle, ceux-ci refusent de prendre des colis même si leur camion passe devant l´abattoir. Un sérieux handicap pour la livraison des morceaux découpés destinés aux autres éleveurs, et dans le futur pour le développement de l´activité. « Il est possible que je sois poussé à acquérir un véhicule réfrigéré. »
Encore un investissement indispensable pour poursuivre une activité, qui faute de l´existence d´une filière organisée, oblige chaque éleveur a être aussi accouveur, abatteur, commerçant. Mais c´est peut être aussi cela l´intérêt de ce métier ; ne pas sombrer dans la routine ; prendre en permanence des risques calculés et en récolter les fruits.
10 000 canards ©PLD

Les 10 000 canards prêts-à-gaver apportent une rentrée régulière de trésorerie.

Prix de vente forcément élevés
Une autruche de 100 kg produit environ 22 à 23 kg nets de viande noble (steak et filet) auxquels s´ajoutent 3 kg de viande à bourguignon et 3 kg de viande à saucisson, le tout vendu en frais et sous vide. La peau est valorisée brute à 350 francs. Il faut compter 130  (850 F) de frais d´abattage et 275  (1 800 F) de frais d´élevage (dont 183  d´aliment, à raison de 800 kg à 0,21 /kg). Compte tenu des pertes d´élevage importantes, le coût de production est élevé et difficilement compressible. C´est pourquoi les prix de vente sont eux aussi importants. Ils varient de 6,9 /kg (45 F/kg) pour le saucisson à 60 % d´autruche à 30,5 /kg (200 F/kg) pour le filet. Avec un chiffre d´affaires de 610  en moyenne (4 000 F) par autruche, l´éleveur estime sa marge nette unitaire à 1 200 F.

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mouheb meziane ben | 17 mars 2009 à 15:05:34

slt mes amis aviculture ;je suis algerienne je suis ts: agronomie dans domaine élvage je vuex bien abonnez avec votre recherche et recevras des nouvaux recherche danc le domaine élvage et de m'informeé avec tous les decoumant d'élvage de tous les anémaux.

gassama ibrahim | 11 novembre 2009 à 21:53:25

bonjour je voudrais faire l elevange d autruche je vais savoir combien coute un autruche de 3, 6, et 12 moi merci de me renseigne gassama

Matamoros Thomas | 29 novembre 2009 à 19:16:39

je souhaite également me lancer dans l'élevage d'autruche mais n'ayant aucune expérience dans le domaine agricole je souhaiterais quelques conseils. Combien de tête faut-il pour que ce soit rentable?

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