Réussir Aviculture 20 mai 2014 à 08h00 | Par Pascal Le Douarin et Xavier Cresp

Une démarche collective à double détente qui relance l'élevage à la Réunion

Arrivées à un palier après trente ans de développement, les filières animales de l’île de La Réunion ont lancé un programme sur dix ans qui va profiter aux consommateurs et aux éleveurs.

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Des oies pour les fêtes de Noël dernier sur les hauts de l’île. Le foncier, 
la main-d’œuvre et le climat se prêtent bien à la production avicole.
Des oies pour les fêtes de Noël dernier sur les hauts de l’île. Le foncier, la main-d’œuvre et le climat se prêtent bien à la production avicole. - © X. Cresp

La population réunionnaise atteint 837 000 habitants sur un territoire de 2500 km2, en grande partie montagneux. Les Réunionnais privilégient la volaille qui arrive nettement en tête de la consommation carnée avec 34 000 tonnes sur environ 60 000 à 65 000 tonnes de viande. Mais seulement 30 000 tonnes sont d’origine locale. La production avicole est estimée à 15 000 tonnes, dont 8500 tonnes (60 %) fournies par la production organisée en filière.
Selon l’observatoire des importations de la DDAF, avec 19 000 tonnes importées en 2012, les volailles représentaient 60 % des tonnages totaux, loin devant le porc (27 %). Elles se répartissent entre le poulet entier congelé (11 %) et les découpes congelées (87 %). Le frais est ultra-minoritaire (environ 300 t/an). Les écarts de prix sont très significatifs entre produit local et importé. Un poulet frais Pac se vend 5 euros le kilo en GMS contre 2,20 euros en congelé importé et 1,84 euro le kilo pour des cuisses congelées importées. Alors que l’entier importé est stable en volume (2 100 à 2 500 tonnes selon les années), les découpes congelées n’ont cessé d’augmenter (de 12 000 tonnes en 2008 à 16 400 tonnes en 2012).
Dans les dix ans, les perspectives démographiques sont en augmentation de 25 %. Logiquement, avec une production locale qui s’est quasi stabilisée, les importations devraient continuer à augmenter pour combler le déficit.


Répondre localement à une demande toujours croissante


Accepter cette évolution voudrait dire générer peu d’activité économique et peu d’emplois liés à l’élevage. Or, l’île connaît un taux de chômage à 28 %, avec une partie de la population ayant un faible pouvoir d’achat. Appuyés par les politiques, les professionnels agricoles ont réagi avec le projet Défi, dont l’acronyme signifie Développement de l’élevage et des filières des interprofessions.
Mis en place depuis 2011, Défi est une action multifilière à double détente : proposer au consommateur une centaine de produits carnés (dont 37 références en volaille) moins chers (au moins de 10 %) et susciter le développement d’une production locale, donc des emplois (1 600 directs et induits dont 140 nouveaux éleveurs tous secteurs confondus). À La Réunion, un emploi direct agricole génère sept emplois.
La France et l’Union européenne ont dégagé une enveloppe annuelle de 4,5 millions d’euros sur les trois premières années. Les acteurs locaux (interprofessions et industriels) ont mobilisé 7 millions sur deux ans, complétés par des efforts de baisse des marges des distributeurs signataires (GMS et bouchers charcutiers). Ces aides permettent de compenser la baisse des prix de détail, d’aider l’installation de nouveaux éleveurs et de faire connaître la démarche au public. Il est attendu 60 millions d’euros de valeur ajoutée supplémentaire pour l’économie réunionnaise. En abaissant le curseur des prix, les professionnels réunionnais ont suscité une aug-mentation de la demande qui les pousse à relancer la production. L’objectif est de regagner 1 point de part de marché par an dans chaque filière, au détriment de l’importation. En volaille, ces 10 points supplémentaires devraient se concrétiser par une hausse de 50 % des volumes locaux, soit près de 4 % par an. Pour y parvenir, il faudra installer une trentaine d’éleveurs d’ici 2020 avec des poulaillers plus grands que d’ordinaire. Le groupement de producteurs Avipôle assure cette mission. Le potentiel d’agrandissement se situe à 37 000 m2.


L’installation de référence est fixée à 600 m2


Pour l’installation de nouveaux éleveurs, la taille de la ferme de référence est fixée à 600 m2. Ceci permettra d’obtenir des gains de productivité à tous les niveaux (logistique, technique…). Les éleveurs réunionnais comptent bien jouer pleinement leur rôle, et peser dans la filière. Les autres maillons investissent aussi pour se préparer à ce nouvel essor. Un nouveau couvoir de 600 000 OAC a démarré à Trois Mares. Le nouvel abattoir de Crête d’Or est en cours de construction. À elle seule, la filière avicole espère bien créer 500 emplois dont la moitié en direct. A condition d’y mettre les moyens et de faire preuve d’innovation, la vague des importations ne sera peut-être pas la réponse inéluctable à une demande réunionnaise croissante.

Défi est une action multifilière 
à double détente : proposer 
au consommateur une centaine 
de produits carnés, dont 
37 références en volaille, moins 
chers et susciter le développement 
d’une production locale.
Défi est une action multifilière à double détente : proposer au consommateur une centaine de produits carnés, dont 37 références en volaille, moins chers et susciter le développement d’une production locale. - © DR

Chiffres clés

 

 

• 466 € d’investissement par m2 pour un bâtiment type Louisiane de 600 m2
• 0,487 € le poussin JA 457
• 441 € la tonne d’aliment
• 1648 € la tonne de butane

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