Réussir Aviculture 03 août 2017 à 08h00 | Par Propos recueillis par Pascal Le Douarin

« Tout n’est pas fini pour la volaille française »

Vincent Chatellier est économiste à l’Inra. Le chercheur expert des filières agricoles s’est penché sur les échanges internationaux de viandes de volaille et sur la possible place de la France.

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Vincent Chatellier, directeur-adjoint de l’unité mixte de recherche Smart-Lereco à l’Inra de Nantes. Il étudie l’économie de la production agricole et des filières, ainsi que les performances des exploitations et les marchés agricoles (politique, soutien, régulation…)
Vincent Chatellier, directeur-adjoint de l’unité mixte de recherche Smart-Lereco à l’Inra de Nantes. Il étudie l’économie de la production agricole et des filières, ainsi que les performances des exploitations et les marchés agricoles (politique, soutien, régulation…) - © P. Le Douarin

Quelles sont les principales tendances de la demande mondiale de viande de volaille ?

Vincent Chatellier - « La part de la volaille dans la consommation mondiale de viande est passée de 30 % à 36 % en quinze ans. Elle est devenue la première consommée. Sa consommation devrait encore progresser, mais plus lentement (+ 2 % par an) et à 75-80 % en Asie et en Afrique, en lien avec leur démographie. Ces pays se posent la question d’importer ou de produire, sachant qu’ils ont parfois des ressources limitées. Ils n’auront pas tous la même stratégie, ce qui peut créer des opportunités pour d’autres. Il y a aussi des possibilités en Europe avec une hausse de la consommation individuelle (24 kg/habitant/an). Les USA sont à 50 kilos, le Brésil à 43 kilos et progressent encore. Tout n’est pas fini pour l’Union européenne. Cela dépendra des rapports de prix entre viandes et de l’offre proposée. »

Comment se positionne l’Europe dans les échanges ?

V.C. « En valeur, l’UE à 28 est le 5e exportateur et le 3e importateur mondial, avec un solde commercial structurellement déficitaire depuis quinze ans. Elle importe surtout des viandes saumurées et des préparations de poulet plus chères que les morceaux de poulet et le poulet entier congelés exportés. L’Europe fait beaucoup d’efforts pour vendre dans une grande quantité de pays, mais sans évolution significative. »

Des possibilités de croissance existent pour l’Europe ?

V.C. « La production européenne augmente, mais la France en profite moins que d’autres (- 2 % en 2016 pour le poulet). La Pologne est en tête (+13 % en poulet) avec le solde commercial le plus excédentaire en tonnage (1,3 million de tonnes équivalent carcasse), devant les Pays-Bas. Et pour la première fois, la France est devenue déficitaire de 57 000 tec l’an dernier. La chute est rude… Pour la France, les jeux concurrentiels intra UE sont bien plus dramatiques qu’avec le reste du monde. »

La France est-elle sous pression ?

V.C. « Oui d’une manière certaine. À part l’Arabie saoudite qui est pourtant un marché fragile, la France ne détient pas de capacités d’exportations internationales porteuses et structurées où elle gagnerait des parts de marché. Elle plafonne, mais cela n’exclut absolument pas les enthousiasmes du futur ! Par contre, nous importons de plus en plus de nos voisins dont une part issue de Pays Tiers. Notre déclin commercial est clair et net pour le poulet. Ce n’est pas lié au poulet entier congelé qui s’accroche, mais plutôt au poulet frais en morceau qui marque le déclin de notre compétitivité. En 2015, la part des importations dans la consommation de poulet est passée à 47 %. »

Pour autant, les jeux sont-ils faits pour la France ?

V.C. « La filière va perdurer, mais la volaille française sera-elle capable de participer à la demande mondiale ? Je doute qu’elle puisse le faire par le canal des signes de qualité, quoiqu’en disent des politiques oubliant la réalité de marchés axés sur le produit standard. Conserver le débouché de l’Arabie saoudite est un défi de taille dans un contexte très concurrentiel et sans les restitutions. On peut marginalement miser sur la différenciation qualitative, mais nous n’arrivons pas suffisamment à la vendre à l’international, faute de convaincre. Il y a quand même des raisons d’espérer, avec les restructurations qui s’opèrent (dans l’industrie et en élevage). Tout ce qui est fait pour baisser le coût de production (génétique, alimentation, technologie…) et les coûts fixes est fondamental pour gagner en compétitivité et pour reconquérir les marchés frais hors GMS. Et il faut continuer à communiquer positivement sur la volaille française issue de modèles productifs familiaux et respectueux de l’environnement et du bien-être animal. »

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