Réussir Aviculture 11 juin 2007 à 10h37 | Par Pascal Le Douarin

Retraitement des déchets - Des bactéries au service du compostage chez Éclosion

L´accouveur Eclosion vient de construire une plate-forme pour composter des litières et des déchets d´éclosion d´oeufs de canetons, avec l´aide de bactéries ensemencées dans le mélange.

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Près de deux ans auront été nécessaires à la société Éclosion pour trouver une valorisation à ses déchets de couvoirs constitués des coquilles et des restes d´éclosion de canetons. C´est le temps qui a fallu pour les études de faisabilité, pour les dépôts de dossiers administratifs et pour la construction du système de traitement.
« Il est totalement écologique, se plait à souligner Olivier Rochard. Il ne pollue pas, ne consomme pas d´énergie fossile, valorise des déchets et produit des amendements organiques recyclables en fertilisation. C´est la preuve qu´on peut faire de l´aviculture intensive tout en respectant l´environnement. Éclosion croit fermement qu´à l´avenir, le développement durable va prendre de plus en plus d´importance. Et agit en conséquence. »
La station de co-compostage de 1600 m2 est couverte mais non hermétique. Au premier plan: la mélangeuse. ©P. Le Douarin

Premiers essais positifs
Depuis plusieurs années, l´accouveur recherchait une alternative crédible au traitement par les entreprises d´équarrissage. Hormis le séchage, efficace mais vorace en énergie donc très coûteux (120 euros la tonne), il ne restait que le compostage. Mais avec une grande incertitude technique, compte tenu des échecs précédents subis par des accouveurs qui s´y étaient essayés.
Le compostage est un phénomène biologique naturel, mais aux résultats hasardeux si les conditions ne sont pas réunies (présence des « bonnes » bactéries en quantité suffisante, apport d´oxygène, taux d´humidité, rapport carbone sur azote.). Les variations importantes de durée et d´efficacité d´un compostage non dirigé sont difficiles à gérer lorsqu´il s´agit de le pratiquer à grande échelle. C´est pourquoi les industriels emploient des méthodes comme le brassage mécanique ou l´injection d´air. Mais ces stations produisent souvent des gaz jugés néfastes pour l´environnement, d´où la nécessité d´enceintes fermées pour récupérer et traiter les émanations gazeuses.

Ne souhaitant pas s´engager sur cette voie, Éclosion a privilégié la méthode naturelle en s´aidant d´un ajout de complexe bactérien, d´abord fourni par un partenaire extérieur (GPB).
Réalisé en plein air durant l´été 2005, un premier essai a consisté à mélanger à l´épandeur, du fumier de canes reproductrices et des déchets de couvoirs ensemencés de bactéries. Le compost obtenu sans dégagement d´odeurs et d´ammoniaque était de bonne qualité et hygiénisé. En 2006, l´essai a été renouvelé en période plus froide et humide, avec nettement moins de succès. Restait donc à comprendre cet échec relatif et à affiner la technique avant de décider de passer à la phase industrielle.
La station d´Eclosion va transformer environ 750 t de déchets de couvoir et 3000 t de fumiers en environ 2500 t de compost. ©P. Le Douarin

Étape recherche-développement
Le stade de recherche-développement a été mené avec Filavie, également filiale du groupe Grimaud, produisant des autovaccins bactériens. « Nous possédions des collections de souches bactériennes constituées pour étudier les effets barrière, explique Dominique Fournier de Filavie. Nous avons rapidement élaboré un mélange bactérien qui fonctionne dans nos conditions d´exploitation. » Cette réactivité tient à la proximité des partenaires. Le groupe Grimaud associe le laboratoire concepteur Filavie, le laboratoire interne Éclosion qui a pu tester le complexe bactérien et demander des adaptations jusqu´à ce que l´adéquation soit optimale entre les bactéries et le substrat à digérer. « La réponse est de type tout ou rien : il faut moins de 48 heures pour que la montée en température se produise. C´est le signe que les bactéries se développent », souligne Laurent Rineau d´Éclosion. Le complexe final retenu - Filaflor 822 Cryo - est une suspension liquide concentrée de plusieurs souches, congelée en attente de son utilisation. La technique de production, calquée sur celles des vaccins, utilise un procédé de lots de semences primaires stabilisées et cultivées séparément.
Perspectives pour les élevages
Pour le moment, Éclosion n´a pas encore trouvé de marché pérenne pour son compost. « Pour boucler la boucle de la durabilité, nous aimerions trouver des utilisateurs à proximité, précise Laurent Rineau. Mais ce marché est encore mal organisé, d´autant qu´on trouve des composts à tous les prix (bas de préférence) et de qualité très variable. » La commercialisation n´est d´ailleurs pas la préoccupation majeure d´Éclosion. Avec la seule économie réalisée sur le poste équarrissage, les 200 000 euros d´investissement seront amortis en deux ans. Pour élargir les utilisations du complexe bactérien, Éclosion a déjà lancé un essai de compostage de litière d´élevage de canes sur un site de production. Le procédé apparaît simple à mettre en oeuvre. Il consiste à ensemencer la litière lors de son enlèvement avec l´inoculum bactérien, puis de constituer un andain sur une plate-forme extérieure. Pour se prémunir des précipitations qui peuvent perturber, voire arrêter les fermentations, l´andain a été recouvert d´une bâche étanche à l´eau mais perméable aux gaz. « Ce procédé permettrait d´éliminer les litières en s´affranchissant des contraintes de plan d´épandage », conclut Dominique Fournier.

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