Réussir Aviculture 13 avril 2017 à 08h00 | Par Propos recueillis par Pascal Le Douarin

« Rendre notre filière plus robuste »

Après deux épizooties consécutives d’influenza, l’interprofession propose un nouveau plan visant à rehausser la barrière sanitaire dans tous les élevages. Explications de Christophe Barrailh, président de l’interprofession du foie gras.

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Christophe Barrailh achève son mandat de trois ans en septembre prochain. Il sera remplacé par un représentant de l’aval de la filière comme le prévoit la présidence tournante complétée par un binome président-vice président de l’amont et de l’aval.
Christophe Barrailh achève son mandat de trois ans en septembre prochain. Il sera remplacé par un représentant de l’aval de la filière comme le prévoit la présidence tournante complétée par un binome président-vice président de l’amont et de l’aval. - © P. Le Douarin

Quel est l’état d’esprit actuel de la filière avec cette deuxième épizootie encore plus meurtrière ?

Christophe Barrailh - « Un vaste sentiment d’inquiétude et de doute s’installe, dans la mesure où nous manquons réellement de perspectives. À date (1), l’épizootie se poursuit, mais les pouvoirs publics sont confiants sur la capacité à maîtriser le virus. L’interprofession aurait souhaité une politique d’abattage préventif plus ferme — qui concerne aussi les élevages autarciques — de manière à être sûr d’une fin plus rapide. L’an dernier, les choses étaient claires avec un planning sur lequel chacun a pu s’appuyer. Cette fois-ci, nous subissons. Notre préoccupation est d’en sortir au plus vite et de ne pas laisser le doute s’installer. »

Pourquoi la précédente crise n’a pas eu d’effets plus dévastateurs sur les exploitations et sur les entreprises amont-aval ?

C. B. - « L’adaptation, la résistance et la résilience de notre filière sont assez extraordinaires. Je dois aussi souligner le rôle de l’État qui a été au rendez-vous. Même s’il reste des versements à effectuer, il a soutenu le maillon production et accouvage. Il y a bien quelques frustrations de l’aval qui ressent un manque d’équité malgré des mesures d’accompagnement (avances de trésorerie, activité partielle). J’ai apprécié que Stéphane Le Foll rappelle le 19 janvier dernier que l’État accompagnerait une nouvelle fois la filière. »

Biosécurité et plein air peuvent-ILS faire bon ménage en foie gras ?

C. B. - « Apparemment, la biosécurité s’oppose à une de nos valeurs fondamentales. Elle va changer notre métier d’éleveur en profondeur. L’élevage plein air va devoir être géré d’une manière nouvelle et particulière. Les textes européens permettent de se contenter de mettre les oiseaux à l’abri sous des filets protégeant l’accès à l’eau et à l’aliment. Effectivement, on peut avoir l’ambition de planter quatre piquets et de poser une tôle. Ce ne sera pas celle du Cifog. Je veux donner envie à des jeunes de rentrer dans un métier vraiment professionnalisé avec de vrais outils de travail. »

Les élevages traditionnels du Sud-Ouest pourront-ils s’y adapter ?

C. B. - « Je me place dans une perspective économique sans jugement de valeur et sans opposer filière courte et filière longue. Jusqu’à présent, le modèle du Sud-Ouest repose plus sur la valeur main-d’œuvre que sur le capital.

Le manque de bâtiments est compensé par des heures et des heures de travail dans des conditions difficiles. Bien souvent, le coût de production n’en tient pas compte. On peut alléger cette charge par des investissements. Ces nouvelles charges qui entreront dans le coût devront être compensées par une meilleure rémunération. Les entreprises s’y sont engagées lors du conseil du Cifog du mois de février.

Il me paraît logique de donner le droit aux éleveurs d’avoir des outils apportant du confort de travail et permettant de la technicité, donc de la performance. Les éleveurs investiront s’ils y trouvent un retour. »

Votre plan d’actions n’est-il pas trop ambitieux ?

C. B. - « Face au constat d’échec collectif, le discours biosécuritaire est parfois difficile à porter et à défendre. Mais il n’y en a pas d’autre. Nous devons aussi faire comprendre que le sanitaire n’est pas une contrainte. C’est un élément de progrès technique et de durabilité des exploitations. Ce plan vise à nous préserver d’une contagion incontrôlée, pas de cas ponctuels. Il s’agit de faire monter d’un cran le niveau sanitaire de tous les modes de productions, sans s’aligner sur le plus petit dénominateur commun. J’ai bien conscience que ce plan sera difficile à mettre en place. Je le disais déjà l’an dernier : devant ce nouveau champ de ruines, il n’est pas possible d’accepter de repartir comme avant. De plus, la filière gallinacées du Sud-Ouest ne le comprendrait pas. »

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