Réussir Aviculture 25 mars 2016 à 08h00 | Par La rédaction

Prendre le train de la méthanisation

La méthanisation « à la française » est plurielle par ses modèles technico-économiques, par ses gisements et bientôt par ses nouvelles technologies et valorisations. Les aviculteurs peuvent y trouver une place.

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L’objectif des pouvoirs publics est d’atteindre 1000 méthaniseurs en 2020 et dix pour cent du gaz consommé issu d’énergies renouvelables en 2030.
L’objectif des pouvoirs publics est d’atteindre 1000 méthaniseurs en 2020 et dix pour cent du gaz consommé issu d’énergies renouvelables en 2030. - © A. Puybasset

Construire une unité de quelle taille ? Investir seul ou en collectif ? Être méthaniseur à la ferme ou apporteur à un industriel spécialiste ? Viser quel niveau d’autonomie en matières méthanogènes ? Méthaniser par voie liquide ou sèche ? Produire de l’électricité ou injecter ? Ce sont là quelques-unes des nombreuses questions que se posera tout aviculteur candidat à la méthanisation, sachant que le type et le volume des effluents disponibles importent. Les effluents avicoles sont bien méthanogènes. Les lisiers de canards gavage sont presque utilisables seuls, tandis que les fumiers de volailles doivent être complétés.

Avant le « comment », se pose le « pourquoi faire » ? Pour valoriser autrement ses effluents ? Pour chauffer des poulaillers ou autre chose ? Pour résoudre des contraintes d’épandage ? Pour créer une nouvelle activité ? Des conseillers de chambres d’agriculture, d’associations (Aile dans le Grand Ouest, fédération de Cuma dans le Sud-Ouest…), de l’Agence de la maîtrise de l’énergie (Ademe), sont là pour apporter leur éclairage et accompagner.

L’objectif des pouvoirs publics est d’atteindre 1000 méthaniseurs en 2020 et dix pour cent du gaz consommé issu d’énergies renouvelables en 2030. Depuis dix ans, le biogaz agricole porte la croissance de la production électrique d’origine méthanogène, au rythme de 40 à 50 nouvelles unités par an ces dernières années, dont très peu chez des aviculteurs ou à base d’effluents avicoles.

Aujourd’hui, la France compte un peu moins de 400 installations de production de biogaz, dont moins de 300 méthaniseurs agricoles qui se partagent entre une majorité d’unités individuelles à la ferme et une minorité d’unités territoriales.

Les pouvoirs publics ont soutenu la naissance de cette filière. Directement à travers la fixation d’un tarif obligatoire de rachat de l’électricité par EDF, revalorisé plusieurs fois depuis 2002. Indirectement à travers des aides de l’Ademe complétées par celles de collectivités territoriales. Elles dépassent souvent 30 % des investissements. Sans elles, peu de projets auraient vu le jour.

Pour l’instant, le rythme de construction d’unités n’a pas été celui attendu.

Pour les porteurs de projets, les difficultés sont encore nombreuses : avoir la confiance des banques, adapter les technologies étrangères aux intrants français, faire avec la réglementation et les longues procédures administratives, tenir compte de mécanismes de soutien changeants, affronter l’opposition de riverains. Elles sont surmontées différemment si le projet est individuel, collectif ou porté par un tiers (coopératif ou privé). C’est ce que rapportent les trois témoignages recueillis dans la Sarthe, le Maine-et-Loire et dans les Landes.

En 2014, une étude réalisée sur 122 sites en fonctionnement montre que 94 % d’entre eux ont rencontré des aléas, avec des conséquences économiques pour deux tiers d’entre eux. Les revenus ont été inférieurs au prévisionnel et les charges d’exploitation supérieures du fait de difficultés d’approvisionnement en intrants complémentaires, de dysfonctionnements du procédé (matériel inadapté aux intrants français qui incluent des déchets et des substrats variés dont des effluents pailleux) et de pannes de la cogénération (coupure réseau, manque de maintenance). « Une adaptation a déjà été engagée et la montée en compétence se poursuit, précise Claire Ingremeau du Club Biogaz ATEE, l’interprofession de la filière méthanisation. Mais la marge de manœuvre économique est limitée. Des évolutions sont nécessaires pour fiabiliser les systèmes, réduire les coûts et avoir une meilleure adéquation tarifaire. » La dynamique actuelle ne devrait conduire qu’à 400 unités en 2020, avec plus d’un tiers des projets bloqués pour des raisons de rentabilité, de financement et/ou d’acceptabilité sociétale.

« Une filière jeune en pleine ébullition »

Cependant, les représentants de la filière et les pouvoirs publics ont réagi afin de relancer la dynamique par le soutien et par l’innovation. Fin 2015, les tarifs ont été revalorisés pour les installations existantes. Un autre arrêté tarifaire est attendu pour les nouvelles unités de moins de 500 kWe, tandis que celles de puissance supérieure entrent dans un système d’appel d’offres annuel. Mais cette bonne nouvelle est tempérée par l’imposition d’un taux d’incorporation de 15 % pour les cultures alimentaires.

Côté financement, la Loi de transition énergétique votée en 2015 permet de faire appel aux collectivités et aux citoyens pour financer une installation. De nouvelles banques entrent en concurrence avec les institutionnels. Des sociétés d’ingénierie financières proposent leurs services.

Côté technologie, les innovations se poursuivent. Des offres nouvelles de « micro méthanisation » (moins de 80 kWe) se multiplient, mais n’ont pas encore fait leurs preuves. Côté valorisation, la solution d’avenir est celle de l’injection du biogaz épuré dans le réseau collectif, en raison de son rendement nettement supérieur. Les verrous d’aujourd’hui s’ouvriront dans un avenir plus ou moins proche. C’est ce qui explique l’émergence de projets territoriaux portés par des groupes d’agriculteurs (Bretagne, Pays de la Loire…), des coopératives (Val de Sèvre, Maïsadour, Triskalia…), des privés (Eneria…), conscients qu’il existe un potentiel à exploiter.

- © A. Puybasset

Pour en savoir plus

Voir dossier Réussir Aviculture de mars 2016. RA n°214, p. 12 à 30.

Au sommaire :

- p. 14 - L'accompagnement de l'Etat à géométrie variable. Revalorisation des tarifs de rachat

- p. 16 - Les conditions de réussite d'un projet. Association Aile

- p. 20 - Une installation individuelle autonome. Au Gaec Froger-Girad dans la Sarthe

- p. 24 - Un projet collectif pour mutualiser et partager les risques. A la SAS Saint-Georges Méthagri dans le Maine-et-Loire.

- p. 28 - Pour Méthalandes, " à chacun son métier ". Biométhane en quantité industrielle

- p. 30 - Des alternatives à la cogénération. Injection directe du biométhane

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