Réussir Aviculture 11 juillet 2014 à 08h00 | Par P. Le Douarin

Poulet export : Les Tilly Sabco ne veulent pas disparaître

Après l’arrêt des mises en places de poussins, l’abattoir Tilly Sabco vit peut-être ses dernières semaines d’activité. Salariés et éleveurs se mobilisent et mettent la pression.

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Plus de 200 salariés, éleveurs et sympathisants sont venus à la préfecture de Saint Brieuc ou devait initialement se tenir la rencontre avec l'Etat et la région
Plus de 200 salariés, éleveurs et sympathisants sont venus à la préfecture de Saint Brieuc ou devait initialement se tenir la rencontre avec l'Etat et la région - © P. Le Douarin

« Nous sommes très déçus et très en colère », a résumé jeudi soir Jean-Pierre Garion, salarié de Tilly Sabco (et ancien éleveur), en s’adressant à quelque 250 salariés, éleveurs et sympathisants massés devant la préfecture de Saint Brieuc.


Avec une délégation composée de représentants des salariés, des éleveurs et de Triskalia, il revenait de Rennes où le Préfet de région les avait reçu avec Michel Morin, vice président du conseil régional.


En effet, la délégation n’a rien obtenu, ni garanties financières, ni espoir d’une sortie de crise.

Or, il y a urgence. En l’absence de garanties financières sur la production des poulets exports, la coopérative Triskalia, qui restait le dernier fournisseur de vif, a stoppé les mises en place depuis une dizaine de jours. Il est même envisagé d’abattre les 450 000 reproducteurs uniquement dédiés à cette production d’ici le mois de septembre.

D’ores et déjà, l’abattoir sait qu’il devra cesser temporairement son activité vers le 10 août et durant le laps de temps qu’il aura fallu pour que les mises en place reprennent.


« Si on a plus de poulets en septembre, Tilly Sabco déposera le bilan pour mettre les pouvoirs publics devant leurs responsabilités. Ce sera la seule solution »
, insiste Jean-Pierre Garion.

Jean-Pierre Garion et Corinne Nicole Une délégation très déçue par l’absence de résultat concret et surtout de compréhension de l’urgence de la situation
Jean-Pierre Garion et Corinne Nicole Une délégation très déçue par l’absence de résultat concret et surtout de compréhension de l’urgence de la situation - © P. Le Douarin

Dialogue de sourds

 

Pour relancer la production, la délégation était venue solliciter une intervention urgente de l’Etat et de la collectivité régionale, comme cela avait été fait au printemps.


Il était demandé une aide mensuelle de 800 000 euros, de quoi permettre le maintien d’un volume de 450 000 poulets par semaine jusqu’à la fin de l’année. Le temps de trouver un repreneur et pour continuer à faire fonctionner la filière. Sinon, les vides des éleveurs fournisseurs de Nutréa passeront de 5 semaines à plus de 10 semaines.


« On nous a ressorti les mêmes litanies, de ce qu’avaient fait l’Etat et la région, qu’il fallait revoir notre modèle et nous mettre au poulet métro»
, ont répété Corinne Nicole (délégué CGT), Jean-Paul Mazé (président des éleveurs du groupement des Monts d’Arrée) et Jean-Pierre Garion.


« Ils n’ont pas compris l’urgence de la situation, sauf peut être le préfet Patrick Strodza qui a été le plus réceptif.»


L’exemple de Doux apparemment en voie de sortie avec un nouveau modèle économique performant est un motif supplémentaire de douter de la stratégie défendue par l’ex PDG Daniel Sauvaget, toujours directeur opérationnel.

Jean-Paul Mazé, président du groupements des Monts d’Arrée a déploré les propos tenus par Michel Morin, vice président du conseil régional
Jean-Paul Mazé, président du groupements des Monts d’Arrée a déploré les propos tenus par Michel Morin, vice président du conseil régional - © P. Le Douarin

Trouver un repreneur d’ici trois semaines

 

État et collectivité seraient prêts à envisager une aide si et seulement si Tilly Sabco est repris, mais ne s’impliquent pas dans la recherche de solution concrète et rapide.


« Nous avons besoin d’autre chose que du soutien purement moral de Stéphane Le Foll »,
regrette Corinne Nicole, la déléguée CGT. « Nous préférons que l’argent d’un futur plan social soit injecté normalement dans l’entreprise pour qu’elle continue à fonctionner et serve à maintenir 1000 emplois directs. »

Sans appui de l’Etat, Daniel Sauvaget a toujours pour mission de trouver un repreneur qui devra être agrée par la fiducie. Le client principal de Tilly Sabco est venu voir, mais il a retenu les propos négatifs et défaitistes de la région.


Le modèle économique actuel n’est pas viable. Tilly Sabco tout comme Doux, insistent syndicats et éleveurs, perdent encore entre 300 et 400 euros par tonne de poulet. « Aucun repreneur ne viendra mettre son argent avec de telles pertes d’exploitation» explique Jean-Pierre Garion. « Pourtant, la dette de Tilly Sabco n’est pas catastrophique. Sauvaget n’a pas fait le choix de faire financer sa trésorerie par des avances de son principal client et d’accumuler les pertes d’exploitation. »

Jean-Pierre Garion poursuit : « C’est toute la filière export, et même française qui est dans la même galère. Tilly Sabco sera peut être le premier à tomber, mais pas le dernier.»

État et région sont prévenus. « Nous ne baissons pas les bras. Il est hors de question qu’on se laisse faire » assène la déléguée CGT. « Tilly Sabco ne fermera pas ! »

Le meeting s’est terminé par un défilé dans les rues de Saint Brieuc, suivi par l’occupation de la gare de Guingamp. Prévue de longue date, la rencontre entre les pouvoirs publics et les salariés est maintenue au 16 juillet.

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