Réussir Aviculture 10 mars 2017 à 08h00 | Par Armelle Puybasset

Mutation à marche forcée vers l'oeuf alternatif

Pour faire face aux annonces des grandes surfaces de ne plus vendre d'oeufs sous code 3, la filière va devoir faire évoluer son parc de bâtiments plus vite que prévu en tenant compte des contraintes financières et techniques propres à chaque élevage.

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L'élevage en volière est une des orientations possibles. Un tiers de la capacité en cages est à reconvertir.
L'élevage en volière est une des orientations possibles. Un tiers de la capacité en cages est à reconvertir. - © P. Le Douarin

Il ne manquait plus que le groupe Casino à prendre position. C'est effectif depuis le 10 février. Sous la pression d'associations de défense du bien-être animal, tous les groupes de distribution français ont tour à tour décrété ces derniers mois qu'ils ne commercialiseraient plus d'oeufs issus de poules élevées en cages à court terme. Certains ont annoncé un arrêt des oeufs en code 3 sous leurs marques distributeurs dès 2022 puis sous marque nationale d'ici 2025, d'autres surenchérissant avec des délais encore plus courts. C'est un véritable coup dur pour la filière qui a massivement investi entre 2009 et 2012 dans les nouvelles normes de cages aménagées et qui comptait évoluer progressivement vers les productions alternatives au rythme de la demande des consommateurs. En octobre 2016, l'interprofession CNPO a présenté son Contrat sociétal d'avenir, avec pour objectif ambitieux d'atteindre 50 % de poules pondeuses en élevages alternatifs d'ici 2020 contre 68 % aujourd'hui. Cela représente 9 à 10 millions de places en cages à reconvertir, soit environ un tiers de la capacité actuelle en cages. En parallèle, elle demande à la grande distribution de soutenir financièrement cette mutation à marche forcée, mais les engagements tardent à se concrétiser. « Tous les producteurs n'auront pas la capacité d'investir », s'insurgent les professionnels. Selon les résultats provisoires d'une enquête en cours de l'Itavi, seuls 7 % des places de poules pondeuses en cages sont amorties et il reste en moyenne 9 euros par place à rembourser. Cette charge varie fortement selon trois groupes de producteurs. Ceux, plus minoritaires, ayant transformé leurs cages aménagées en cages aménageables au moment de la mise aux normes. Ceux ayant investi dans des cages neuves. Enfin, ceux ayant investi dans un bâtiment neuf. C'est cette dernière catégorie qui est la plus problématique. En plus du frein financier, se pose la capacité technique de ces bâtiments à être transformés puisqu'il s'agit souvent de structures très hautes sur deux, voire trois niveaux. L'idée est de hiérarchiser les reconversions et d'investir prioritairement dans les bâtiments amortis permettant ainsi aux grands bâtiments récents de rester sur le marché en code 3 le plus longtemps possible. Certaines régions, dont la Bretagne, étant plus concernées que d'autres par cette mutation. Encore faut-il que les producteurs souhaitent réinvestir... et pour produire quel type d'oeuf ?

Une stratégie de mutation au cas par cas

Les options sont peu nombreuses et dépendront des attentes de l'aval : oeufs de poules élevées en plein air (code 1), oeufs biologiques (code 0) ou élevage en claustration (code 2) : sur caillebotis au sol ou en volières (1), ces dernières permettant d'aller jusqu'à 18 à 20 poules par m2 en surface cumulée. « Il n'y a pas de réponse unique, chaque cas de figure doit être étudié individuellement en fonction des contraintes de chaque élevage », explique un responsable d'organisation de production : « accès suffisant à du foncier, main-d'oeuvre disponible, intérêt du producteur pour l'élevage en volière, capacité financière, niveau de rentabilité... ». C'est ce que montrent ces quatre témoignages à suivre de producteurs de l'Ouest qui ont entamé une mutation. Didier Carfantan mise sur la volière en code 2, avec du matériel neuf et marginalement avec des cages hybrides transformées en volières.
Disposant de foncier, Yves-Marie Beaudet investit dans une volière sur deux niveaux avec des passerelles et un « pouloduc » pour accéder au parcours.
Les frères Saliou, producteurs en vente directe, accélèrent leur mutation vers les productions plein air, biologique et sol.
Avec Noréa, Jean-Marie Gatineau teste la transformation d'une partie de son bâtiment de cages en volières et réfléchit à un bâtiment mixte sous deux codes (poules blanches en code 2 et brunes en code 1).
Pour la filière, ce sont les cinq prochaines années qui seront les plus dures à passer car elle doit réinvestir dans un marché qui manque de visibilité, notamment pour l'élevage au sol sous code 2. Craignant que ce mode de production soit le prochain dans le viseur des associations de bien-être animal, elle réfléchit à plus long terme à un nouveau modèle d'élevage alternatif : un code 2 + dont le nom sera à réinventer, avec éclairage naturel, jardin d'hiver, cour extérieure protégée... Il devra être coconstruit avec la société civile pour ne pas être remis en cause. « Nous n'aurons pas le droit à une deuxième erreur », a relevé Philippe Juven, président du CNPO, lors d'une table ronde organisée par l'Itavi. Ce modèle à inventer devra aussi intégrer une dimension sanitaire, l'accès à l'extérieur étant aujourd'hui montré du doigt dans un contexte d'Influenza aviaire.

(1) L'élevage plein air label rouge est à écarter d'office car réservé à de petits bâtiments de 6000 poules.

- © Infographie Réussir
- © Pascal Le Douarin

Pour en savoir plus

Voir dossier Réussir Aviculture de mars 2017. RA n°224, p.10 à 19.

Au sommaire :

. p. 12 - L'Itavi élabore un guide d'aide à la décision. Mandaté par le CNPO.

. p. 14 - Une volière sur deux niveaux - Chez Yves-Marie Beaudet à Landéhen dans les Côtes-d'Armor

. p. 16 - Didier Carfantan passera toutes ses cages en volière code 2. A Hénansal dans les Côtes-d'Armor.

. p. 17 - Noréa fait évoluer ses éleveurs selon ses débouchés. Chez Jean-Marie Gatineau, producteur en Vendée.

. p. 18 - En prise avec le marché, les frères Saliou s'adaptent à grands pas. Installés en 2012, ils abandonnent la cage.

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