Réussir Aviculture 22 décembre 2015 à 08h00 | Par Véronique Bargain

Montrer ce que l’on fait pour le bien-être animal

Face aux attentes sociétales, à une médiatisation souvent négative et à l’attitude proactive de certains pays, les éleveurs français doivent montrer ce qu’ils font de bien pour les animaux.

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Outre l'abattage, les mutilations ou l'euthanasie qui sont des sujets sensibles, la claustration est sujette à contreverses. Or, les volailles alternatives françaises sortent à l'extérieur contrairement à ce que l'on observe dans bon nombre de pays du Nord.
Outre l'abattage, les mutilations ou l'euthanasie qui sont des sujets sensibles, la claustration est sujette à contreverses. Or, les volailles alternatives françaises sortent à l'extérieur contrairement à ce que l'on observe dans bon nombre de pays du Nord. - © DR / P. Le Douarin

Début 2015, suite à une campagne très médiatique de l’association L214 dénonçant l’euthanasie des poussins mâles, le ministère l’Agriculture a décidé d’établir une stratégie visant à améliorer le bien-être des animaux d’élevage et de compagnie. La réflexion a été menée avec toutes les parties prenantes : professionnels, associations, scientifiques. « L’objectif était de recenser les actions prioritaires, a précisé Jérôme Languille, chef du bureau de la protection animale au ministère, lors d’une conférence sur ce thème organisée par Coop de France durant le Space. En répondant aux attentes sociétales, le bien-être animal peut permettre d’éviter l’évolution vers le végétarisme alimentaire. Et il s’inscrit dans le projet agro-écologique de la France qui vise à produire mieux en conjuguant compétitivité, sécurité sanitaire et environnement. » La « stratégie de la France pour le bien-être des animaux 2015-2020 » comporte cinq axes de travail. Validée le 24 juin, la version finale devrait être publiée fin 2015 et suivie par la mise en place d’actions.

Jérôme Languille du ministère de l’Agriculture : « Le bien-être animal n'est pas seulement une contrainte et le respecter ne nuit pas à la compétitivité » .
Jérôme Languille du ministère de l’Agriculture : « Le bien-être animal n'est pas seulement une contrainte et le respecter ne nuit pas à la compétitivité » . - © V. Bargain

Communiquer plus et mieux

La France n’est pas en retard sur le bien-être animal, ni en termes de pratiques ni au niveau des actions engagées. Les volailles comme les bovins sortent plus que dans la plupart des pays du nord, pourtant très positionnés sur ce sujet. « En 1998, la plus vieille association anglaise de protection des animaux prenait la filière label rouge comme modèle de bien-être des volailles », indiquait Luc Mirabito, responsable projets bien-être animal à l’Institut de l’élevage. Des formations dédiées ou intégrant le bien-être animal ont été mises en place par de nombreuses structures. Un recueil des actions en faveur du bien-être a été publié en 2014. Des guides de bonnes pratiques ont été élaborés (Interbev, SNGTV…). Très attaquée, la filière foie gras a mis en place la démarche PalmiGconfiance qui garantit les bonnes pratiques par un contrôle indépendant. Mais dans l’ensemble, les éleveurs français communiquent peu. « La filière doit être transparente, insiste Jean-Yves Ménard, responsable professionnel bien-être animal de Coop de France. Les éleveurs doivent dire avec des mots simples comment ils s’occupent des animaux au quotidien. » La France doit aussi communiquer davantage au niveau européen sur ce qu’elle fait. Suite à la campagne de L214, plusieurs pays ont annoncé des programmes alternatifs au broyage des poussins. « Nous ne devons pas être en retard, souligne Pascal Ballé, président de la commission La Nouvelle Agriculture de Terrena. Le risque est qu’on nous impose des normes et des modèles établis par d’autres ». « Il ne faudrait pas non plus que les donneurs d’ordre soient les distributeurs et transformateurs, via leurs cahiers des charges » estime Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA et présidente du groupe de travail Bien-être animal regroupant les principales organisations agricoles.

Réfléchir et discuter des sujets délicats

Les éleveurs doivent aussi continuer à faire évoluer leurs pratiques. « Chaque fois que l’on peut améliorer le bien-être, il faut le faire, même si cela nécessite des investissements, estime Jean-Yves Ménard. Nous devons également trouver des indicateurs du bien-être animal. » Pour les éleveurs, le bien-être animal est une préoccupation quotidienne, parce que tout éleveur qui se respecte aime ses animaux et parce que leur bien-être est nécessaire à la rentabilité de l’élevage. Mais certains sujets restent délicats, comme l’euthanasie des animaux, les mutilations, la claustration. Si la science peut apporter des réponses, les éleveurs doivent aussi être ouverts au dialogue, y compris avec les associations. La montée du végétarisme, du flexitarisme et du véganisme(1) montre que l’éthique doit être prise en compte, notamment la mise à mort et la relation homme-animal. S’il n’est plus un sujet tabou, le bien-être animal suscite et suscitera donc encore beaucoup de débats.

Des éleveurs en souffrance

Sébastien Mouret, sociologue-chercheur à l’Inra de Montpellier, a une lecture critique des pratiques de l’élevage. « La zootechnie a traité la question du bien-être animal en termes d’adaptation aux conditions de vie qui sont imposées et non de transformation de ces conditions. Elle a évacué le problème moral de la souffrance animale, Cela entraîne de la souffrance chez l’éleveur qui a un sentiment d’échec et de culpabilité et ne peut plus prendre soin des animaux. La relation de travail est fondée sur le don d’une vie bonne aux animaux, qui participe de l’efficacité du travail et de la légitimité de nos sociétés à tuer des animaux pour se nourrir. »

(1) Flexitarisme : consommation occasionnelle de produits animaux ("semi-végétarisme") ; véganisme : attention portée à l’animal comme être sensible.

Une stratégie en cinq axes

Le projet de stratégie de la France pour le bien-être des animaux comporte cinq axes :

. Partager le savoir et promouvoir l’innovation. Un centre de références sur le bien-être animal sera créé pour coordonner les recherches sur ce sujet.

. Responsabiliser les acteurs à tous les niveaux. Il s’agit d’intégrer le bien-être animal dans les formations des éleveurs, techniciens et vétérinaires et d’établir des guides de bonnes pratiques.

. Poursuivre l’évolution des pratiques. Les actions devront amener à réfléchir collectivement à des solutions pour le broyage des poussins, les mutilations, le transport des accidentés, les animaux de compagnie et d’expérimentation et la mise à mort.

. Prévenir et être réactif face à la maltraitance animale. Le but est d’être plus efficace sur le retrait des animaux et d’accompagner les détenteurs.

. Informer des avancées et des résultats du plan d’actions. L’enjeu est d’informer les consommateurs et citoyens et de valoriser les modèles français au niveau international et européen.

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