Réussir Aviculture 08 avril 2014 à 08h00 | Par Armelle Puybasset

« Mes responsabilités agricoles et de maire s'enrichissent l'une de l'autre »

Éleveur de poulets, Didier Goubil est maire de la commune rurale de Poullaouen depuis 2001. Il partage son temps entre ses responsabilités municipales, agricoles et syndicales et son métier d'agriculteur.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Didier Goubil :  « « Je délègue beaucoup 
et ne conçois pas d’autres façons d’exercer la démocratie ». »
Didier Goubil : « « Je délègue beaucoup et ne conçois pas d’autres façons d’exercer la démocratie ». » - © A. Puybasset

Pour lui qui a la mémoire des dates, l'année 2001 aura été marquée par sa prise de fonction de maire de Poullaouen et son élection à la chambre d'agriculture du Finistère : deux engagements, dans la vie publique et syndicale. Treize ans après, Didier Goubil compte bien poursuivre sur sa lancée et remporter avec son équipe municipale les prochaines échéances électorales de fin mars. Comme Didier Goubil, ils sont environ 6 000 en France à exercer conjointement le métier d'agriculteur et la fonction de maire. Installé en 1989 à l'âge de 32 ans, il a repris l'élevage allaitant et avicole de ses parents. Il exploite toujours les deux poulaillers de 950 m2 et 550 m2 construits en 1969. « À l'époque, cela paraissait très grand », relève-t-il. Son père François avait fait le pari d'une aviculture organisée et de masse, telle qu'on la connaît aujourd'hui. C'est aussi lui qui a initié son goût pour la vie politique, après avoir été longtemps conseiller municipal dans l'opposition de la commune de Poullaouen. « Il m'a incité à me présenter aux élections de 1989, mais à l'époque, je n'étais pas encore « branché politique », j'étais plutôt intéressé par jouer au rugby », plaisante-t-il. Puis le « virus » commence à prendre. En 1995, il est élu dès le premier tour dans l'opposition. Tête de liste en 2001, son équipe remporte haut la main les élections suivantes.


Une simplification du travail à la ferme


Cela a changé sa vie professionnelle. Afin de dégager du temps, l'éleveur a simplifié l'organisation du travail sur l'exploitation. Il a arrêté la culture de maïs et passé ses 60 hectares en herbe. Après douze années d'élevage en poulet export et alourdi (desserrage à 35 jours puis enlèvement à 42 jours), il s'est orienté vers des productions à plus longue durée (poulet certifié, pintade...), « moins rentables mais plus tranquilles », précise-t-il. « Tenir le rythme avec seulement quatre à cinq jours de vide n'était plus possible ». En plus d'une stabulation de 40 places, une partie du troupeau allaitant est élevée en plein air intégral, ce qui demande moins de soins au quotidien. Didier Goubil fait peu appel aux prestataires. Il se charge des travaux agricoles et du nettoyage des poulaillers. Par contre, lors des pics de travail ou lors d'absences, il peut compter sur ses deux fils de 31 et 26 ans, dont l'un envisage de s'installer sur l'exploitation.

Didier Goubil a été réélu maire de sa commune  en mars 2014.
Didier Goubil a été réélu maire de sa commune en mars 2014. - © Infographie Réussir

Un partage des responsabilités


Son emploi du temps est néanmoins bien chargé. En moyenne, il consacre 50 % de son temps sur l'exploitation, 25 % à la commune et 25 % à ses responsabilités agricoles. Dix jours par mois environ sont pris par ses activités professionnelles. Les réunions et rendez-vous à la mairie sont fixés en fonction de ses disponibilités. En plus des jours de permanence, Didier Goubil est en contact quotidien avec le personnel de la mairie. « Habitant sur place, je peux m'absenter facilement de l'exploitation. Les gens de la commune savent bien que je suis agriculteur. Ils ne sont pas choqués s'ils me voient arriver avec mes habits de travail. » Parfois, les emplois du temps s'entrechoquent. « Le tout est de ne pas paniquer. La gestion de mon exploitation reste prioritaire. » Dès son arrivée à la mairie, Didier Goubil a tenu à partager certaines responsabilités avec ses quatre adjoints et à impliquer l'ensemble des conseillers municipaux. « On est vraiment une équipe. Les décisions sont parfois plus longues à prendre mais elles sont plus durables. Je ne conçois pas d'autres façons d'exercer la démocratie. » L'un des premiers chantiers auxquels cet ancien comptable s'est attaqué a été d'assainir les finances de la commune et de mettre en place une gestion plus rigoureuse. Améliorer la voirie et maintenir des services de proximité est aussi une priorité pour maintenir sa commune attractive. Etendue sur plus de 7000 hectares, Poullaouen reste avant tout une commune agricole avec 1500 habitants (en progression) dont 130 agriculteurs (75 exploitations). Cinq d'entre eux sont d'ailleurs élus au conseil municipal.

 

L'impression d'être utile


Les responsabilités municipales et syndicales agricoles de Didier Goubil s'imbriquent les unes dans les autres. « Elles ne sont pas divergentes, au contraire, elles s'enrichissent. J'ai souvent affaire aux mêmes services de l'État. Je connais les ficelles... Cela permet d'être plus efficace et d'avoir plus de poids. » Quelle que soit la casquette qu'il prend, ce qui le motive au quotidien, c'est l'impression d'utilité... même si parfois les choses n'avancent pas comme il le souhaite. Il pense en particulier aux difficultés que connaît actuellement la filière de volailles de chair bretonne dans laquelle il s'implique fortement (il est responsable avicole à la chambre d'agriculture) et reste combatif.
Pour l'heure, il se concentre sur sa campagne électorale qui se terminera ces prochaines semaines.

Poullaouen, située en Bretagne, dans le Finistère, compte près de 1500 habitants.
Poullaouen, située en Bretagne, dans le Finistère, compte près de 1500 habitants. - © mairie-poullaouen.fr

Créer une pépinière d'entreprises agroalimentaires sur la commune

 

Ces derniers mois, la commune de Poullaouen a été directement touchée par l'annonce de la fermeture du site de production de saumons fumés de Marine Harvest. Plus de 180 emplois sont concernés.
Maintenant que les indemnités de départ ont été négociées, le principal enjeu concerne
l'utilisation du plan de revitalisation, une somme d'argent qui doit être versée par l'entreprise norvégienne pour recréer de l'emploi.
Didier Goubil compte bien se battre pour que le projet porté par six communautés de communes du centre du Finistère puisse voir le jour.
Il s'agit de créer sur le site de production actuel une pépinière d'entreprises spécialisées dans l'agroalimentaire (découpe de volailles, élevage de poissons, production d'algues, méthanisation... par exemple). « Ce type de structure n'existe pas jusqu'à présent. Elle peut être créatrice de valeur ajoutée et d'emplois sur notre territoire », défend-t-il.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Aviculture se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Actualités
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

Question du mois

Tient-on suffisamment compte des mycotoxines dans les aliments composés?

Répondez à la question

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

Voir tous

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 22 unes régionales aujourd'hui