Réussir Aviculture 06 janvier 2012 à 14h48 | Par p. Le Douarin

Marchés - Le poulet bio attise les convoitises

Estimé entre 150 000 et 200 000 volailles au maximum par semaine, le marché de la viande de volaille bio est en croissance, mais l'arrivée de gros opérateurs pourrait le déstabiliser, ainsi que celui du label rouge.

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En production de poulet biologique, ce n’est plus la difficulté à produire qui pose problème mais la capacité à ajuster l’offre et la demande sur un marché étroit.
En production de poulet biologique, ce n’est plus la difficulté à produire qui pose problème mais la capacité à ajuster l’offre et la demande sur un marché étroit. - © P. Le Douarin

La première caractéristique du marché français des volailles en production biologique est son étroitesse. Avec environ 25000 volailles vendues par semaine au niveau national, Biocoop, le réseau de référence des magasins spécialisés, revendique environ 16 % du marché global, sans compter la vente de gré à gré. La plupart des opérateurs chiffrent le marché en filière longue et structurée aux alentours de 150 000 têtes par semaine. Ceci « colle » avec les 7 millions de mises en place annuelles estimées par l’Observatoire national tenu par l’agence Bio. Sa deuxième caractéristique, ce sont ses coûts de production élevés (environ 2,70 euros/kg vif selon l’Itavi contre 0,8 à 0,90 euro/kg en poulet standard) liés à un coût des matières premières important (500 euros à 550 euros la tonne). Donc, plus le produit coûte cher (9,60 euros le kilo en GMS selon le service national des Marchés), plus il faut être sûr de vendre avant de produire. Pour Yves de la Fouchardière, directeur de la coopérative des Fermiers de Loué — qui produit environ 900 000 poulets bio par an — il en va de la responsabilité d’une organisation. « Nous engageons des producteurs sur la durée, avec des investissements et une conversion totale de leur exploitation en bio. Il n’est pas question de leur faire faire des allers et retours. » Pourtant, Franck Bardet, en charge des achats de produits carnés des plateformes Biocoop, constate que ce marché peut facilement subir des à-coups. Le nouveau règlement européen adopté en 2009 a donné plus de souplesse pour passer en bio. « Pourvu qu’elle trouve des matières premières bio, il est assez facile à une organisation de production de type label rouge de produire massivement et rapidement. » L’acheteur affirme avoir reçu des propositions, alors que des poulets bio étaient en production. En ce début d’année, il a observé des promotions ponctuelles dans des magasins hard-discount, signant un surplus de marchandises.

 

MARCHÉS QUASI VERROUILLÉS

En distribution hors GMS, « le marché de la volaille bio est à maturité » estime Franck Bardet. « Le produit est présent partout et depuis longtemps. Son développement — entre 2 et 10 % de croissance annuelle selon nos points de vente — suivra la croissance générale de la bio auprès d’une nouvelle clientèle de consommateurs. » Les petits producteurs entrants sont « bloqués » par la croissance naturelle du marché local (vente au marché ou en magasins spécialisés). À ce niveau, la demande pilote l’offre. Pour des opérateurs organisés en filière longue et travaillant à plus grande échelle (un bâtiment de 4800 volailles par semaine ou plus), le débouché majeur est obligatoirement celui de la grande distribution. Pourtant, la GMS ne s’est pas beaucoup investie. Elle reste « captée » par les abattoirs qui proposent des volailles label rouge selon une stratégie marketing bien rodée. La volaille bio y reste une niche, contrairement aux oeufs majoritairement vendus sous marque distributeur et quasiment au prix des oeufs label rouge de marque. Ne croyant pas non plus au bio comme relais de croissance, le monde du label rouge se garde bien de bousculer le consensus.


EXPLORER DE NOUVELLES PISTES

Avec l’initiative de la société Duc qui est de produire un poulet de 71 jours minimum au lieu de 81 jours minimum, la donne pourrait changer dans les mois à venir. Ce n’est pas un hasard si cet opérateur non label sera le premier à briser en 2012 le tabou de l’âge, pourtant autorisé depuis 2009 par l’UE. L’objectif affiché est de conquérir de nouveaux marchés. Celui de la restauration collective qui ne peut pas acheter du bio malgré l’obligation d’atteindre 20 % de ses achats, et celui du consommateur qui trouve le prix trop élevé en GMS. Est-ce une bonne initiative ? Les avis recueillis divergent entre des partisans de l’exception française avec un poulet bio élevé en 81 jours et des pragmatiques partisans d’une évolution vers un bio à prix plus accessible. Avant de se déchirer, le monde de la bio aurait peut-être intérêt à discuter sur une segmentation de son offre en fonction du débouché en GMS, en restauration collective, ou en transformation. Les sociétés agroalimentaires auront besoin de développer une gamme bio. Si elles ne trouvent pas leur compte en France, elles se fourniront ailleurs. Si ce n’est déjà fait.

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