Réussir Aviculture 20 novembre 2015 à 08h00 | Par Propos recueillis par Pascal Le Douarin

Les pistes de Jean-Marie Beaudet pour " retrouver la sérénité dans la filière œuf "

Jean-Marie Beaudet (1), le président de la section œufs de l’UGPVB, l'Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne, est partisan d’une gestion nationale et concertée des volumes d’œufs, à répartir judicieusement entre quatre modes de production et trois marchés.

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Jean-Marie Beaudet : « Il faut apprendre à mieux gérer la production d’œufs ».
Jean-Marie Beaudet : « Il faut apprendre à mieux gérer la production d’œufs ». - © P. Le Douarin

Quelle est la situation des centres de conditionnement ?

Yves-Marie Beaudet - « Très mauvaise. Depuis plusieurs années, les centres vendent mal à la grande distribution. Ils en sont en partie responsables, dans la mesure où la surabondance d’œufs de 2013-2014 les a conduits à 'brader' pour écouler ces volumes. De plus, sont apparus des traders. Les GMS ont su en profiter, de sorte que l’on estime la perte de valeur à 15 % en deux ans pour l’ensemble des œufs. Cela finira par rejaillir sur les contrats pluriannuels des producteurs quand ceux-ci arriveront à échéance.

Quelle pourrait être la solution à court terme ?

Y.-M. B. - « L’Union des groupements (UGPVB) a alerté l’interprofession (CNPO) cet été, ce qui en septembre et octobre a débouché sur des rencontres au niveau national avec la Fédération du commerce (FCD) et des enseignes de distribution, à l’exception de Casino. Nous les avons remerciés de jouer la carte de l’œuf français et de la diversité de ses modes d’élevage, mais nous avons surtout demandé une double revalorisation. C’est-à-dire un retour des prix d’achats à la situation des années précédentes (15 % de hausse) et un prix de vente consommateur plus différenciant entre les modes de production. Depuis 2014, le rapport de prix entre les œufs alternatifs et les œufs standard s’est fortement dégradé. Nous leur demandons d’y remédier avant la fin de cette année. Pour appuyer nos revendications, nous menons des actions sur le terrain. »

Le secteur alternatif ne crée plus suffisamment de valeur ?

Y.-M. B. - « En GMS, nous sommes passés en quelques années d’un pourcentage d’œuf alternatif-standard de 90 %-10 % en volume à 55 %-45 %, mais à quel prix ? Les œufs alternatifs progressent bien en volume mais avec une baisse des prix plus ou moins marquée. Cet été, on a manqué d’œufs bio, mais les prix ont continué de baisser ! Si les GMS veulent continuer à disposer d’une offre française diversifiée avec plus d’élevages alternatifs, elles devront payer le prix qui permet aux producteurs de supporter des coûts de revient plus élevés. »

D’autres pistes de soutien indirect des prix sont-elles explorées ?

Y.-M. B. - « Cette année, les mises en place de poulettes ont baissé de 0,7 à 0,8 % sur les six premiers mois. La mise aux normes semble digérée, mais il nous faut apprendre à mieux gérer la production pour rétablir un meilleur rapport de force. Restent l’allongement des vides sanitaires et l’export. Ce dossier est relancé à travers une structure privée de grand export qui rassemble des organisations françaises. Il s’agit de garder une filière œuf de consommation compétitive dans un marché européen et même mondial. »

Que faire face au recul de l’œuf de code 3 ?

Y.-M. B. - « La tendance vers plus d’alternatif ne va pas s’inverser et nous allons vers un équilibre que nous ne connaissons pas encore. J’espère que la communication du CNPO soutiendra la consommation, donc le maintien du code 3 (poule en cage). Cependant, il faudra plus d’œufs alternatifs pour la GMS et pour les ovoproduits. La question de la reconversion des élevages de code 3 va se poser. Le potentiel français de production est suffisant. Ne refaisons pas les mêmes erreurs. Il serait terrible de créer des centaines de milliers de places en plein air, alors qu’il est préférable de reconvertir des élevages de code 3 en code alternatif pour ne pas les mettre en difficulté. Je souhaite que chaque organisation et chaque producteur indépendant fasse l’état des lieux des transformations possibles sur l’existant. Il faudra le faire au moindre coût car le marché fait pression sur le prix, avec la forte contrainte du foncier pour certains. »

(1) Yves-Marie Beaudet est producteur dans les Côtes-d’Armor. Il produit des œufs de code 3 à Landéhen, près de Lamballe. En 1993, il a repris l’exploitation familiale spécialisée qui compte 160 000 poules et est en contrat avec une coopérative. Il est très impliqué dans les organisations professionnelles. Outre la présidence de l’UGPVB, il siège au CNPO où il préside la commission réglementation.

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