Réussir Aviculture 06 juin 2012 à 11h25 | Par P. Le Douarin

Les éleveurs Doux sous pression

Après la mise en redressement judiciaire de Doux, les éleveurs bretons abasourdis commencent à réagir et semblent décidés à prendre leur destin en main.

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Environ 150 éleveurs sont venus à Loudéac pour faire le point sur les suites à donner au redressement judiciaire de Doux
Environ 150 éleveurs sont venus à Loudéac pour faire le point sur les suites à donner au redressement judiciaire de Doux - © P. Le Douarin

 


Que peut faire un éleveur Doux dans les jours à venir ? Continuer à produire avec le groupe Doux ou chercher un autre partenaire ? C’est la question que se posent la plupart des 800 éleveurs intégrés directement par le volailler. Hier soir, mardi 5 juin, environ la moitié des 300 intégrés de Bretagne sont venus à Loudéac (Côtes d’Armor) pour en savoir plus. Inorganisés, isolés, non informés par le groupe, ils répondaient à l’invitation de la FRSEA de Bretagne lancée le jour même de la mise en redressement judiciaire. Maitre Prigent, avocat de Saint Brieuc spécialiste de droit agricole, leur a rappelé leurs droits vis-à-vis des dettes du volailler à leur égard.

 

Huit millions de créances dues aux éleveurs

 

Deux situations se présentent. D’une part, les dettes d’avant le 1er juin sont gelées par le règlement judiciaire. De source syndicale, le groupe doit 8 millions d’euros aux éleveurs, à comparer aux 6 millions de masse salariale mensuelle. Cependant, leur statut d’« intégrés », via un contrat de sous traitance, les place en situation de créanciers privilégiés. Ils doivent néanmoins formuler une déclaration de créance, justificatifs à l’appui, auprès du mandataire judiciaire, dans un délai de deux mois. Passé ce délai, leur dette risque d’être jugée « inexistante » explique maître Prigent. L’avocat précise qu’un arrêt des relations contractuelles avec Doux ne signifierait pas un renoncement à récupérer leur dû. D’autre part, après le 1er juin les éleveurs sont assurés que les factures seront réglées par l’administrateur judiciaire, certes pas « au cul du camion », mais dans des délais plus rapides qu’avant.

 

Continuer d’alimenter les abattoirs

 

Pour André Quenet, président de la FRSEA avicole de Bretagne, qui le matin a rencontré Charles Doux avec une délégation de syndicalistes et d’éleveurs Doux (apparemment non présents à Loudéac), la priorité des prochains jours est de faire tourner les usines et d’être solidaire, malgré les erreurs de gestion du passé. « La semaine est cruciale. Les administrateurs cherchent de l’argent au jour le jour. Il faut vaincre les crispations des fournisseurs, gaziers et fabricants d’aliment notamment. Si un maillon se brise, c’est toute la filière avicole bretonne qui subira un séisme. Il faut faire confiance à Charles Doux qui a renoué le dialogue.» N’est-il pas trop tard ? Après le paiement des dettes, les éleveurs voudraient continuer à travailler dans des conditions satisfaisantes, avec des livraisons correctes d’aliment, sans des refus de livraisons de gaz (pour cause d’impayés de Doux).

 

Création d’une association de défense

 

Une fois la mise en place faite, rien ne leur garantit que la machine Doux tournera normalement dans les prochaines semaines. Mais ont-ils vraiment le choix ? Quelle autre structure sera intéressée par des reprises d’éleveurs ? La concurrence a déjà repris des éleveurs les mois précédents. Les mieux placés sont ceux qui produisent pour le marché du frais qui n’est pas des plus dynamiques.

Chaque éleveur étant un cas particulier, il a été décidé de créer une association de défense en Bretagne. Elle sera aussi le fer de lance pour la recherche de fonds d’urgence destinés à régler la dette et déviter les défaillances en cascade d’éleveurs ou d’autres partenaires. Contrairement aux salariés, les éleveurs ne sont pas protégés contre la faillite qui serait le pire des scénarios. « Par le passé, les politiques ont su trouver de l’argent pour les secteurs métallurgiques et automobiles, estime le député Marc Le Fur. On devrait pouvoir en trouver pour les éleveurs. »

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