Réussir Aviculture 24 octobre 2017 à 08h00 | Par Pascal Le Douarin

La filière foie gras redémarre dans l’incertitude

L’interprofession du foie gras dresse un bilan économique de 2016 considérablement impacté par la première épizootie d’influenza.

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Le "recadrage" de la production est une tâche colossale mais incontournable.
Le "recadrage" de la production est une tâche colossale mais incontournable. - © Armelle Puybasset

Sous l’effet de quatre mois d’arrêt total dans 18 départements du Sud-Ouest (du 18 janvier au 16 mai), les mises en place nationales de canetons mulards ont chuté de 23 % sur l’ensemble de l’année 2016 par rapport à 2015 (avec moins 10,4 millions de têtes). La production de foie d’oie a diminué de 53 % (moins 238 t) et celle de foie de canard de 27,5 % (moins 5 162 t). Les ex-régions Aquitaine et Midi-Pyrénées ont reculé de 38 % (avec moins 3 578 t) et de 29 % (avec moins 1 115 t). Ce recul affecte aussi des régions épargnées par H5N1. Les Pays de Loire et la Bretagne se rétractent de 8,3 % (moins 267 t) et de 5,3 % (moins 24 t), en raison de la mise en place des nouvelles règles de biosécurité en prêts à gaver. Par conséquence, le tonnage de canards gras abattus recule de 26 % (de moins 9 811 t).

Néanmoins, l’impact sur le marché français du foie gras n’a pas été aussi violent. Celui-ci a « seulement » reculé de 10,4 % en volume (7 673 t achetées par les ménages) et s‘est quasi maintenu en valeur (-1 %), au prix d’une augmentation des prix de vente. Ce qui fait dire au Cifog que, malgré cette hausse, les consommateurs restent attachés au foie gras.

Les transformateurs du foie gras ont sauvé leur saison en ayant recours à plus d’importations de cru (+17 %, 647 t) et en réorientant les pertes à l’exportation (-12 % en préparation et – 28 % en cru). Malgré tout cela, la balance commerciale (export-import tous produits confondus) reste excédentaire en valeur (23 millions d’euros), mais elle devient déficitaire en volume (moins 393 t).

Reformater la filière du sud-ouest

Il est fort probable que le bilan de l’année 2017 sera encore plus catastrophique, même en l’absence de troisième épizootie. En effet, après avoir presque retrouvé leur niveau de 2015 au second semestre, les mises en place ont chuté de 48 % au premier trimestre 2017 par rapport à 2015 (voir graphique ci-contre). Ce trimestre, les abattages étaient aussi en recul de 43 % (5 217 t) par rapport à 2015. Selon le Cifog, avec 12 millions de canards perdus (foyers et abattages préventifs), la production devrait mécaniquement reculer de 19 % par rapport à 2016. Ce sera sans doute plus. Depuis la reprise des mises en place le 29 mai, le manque de canetons est chronique, les couvoirs duSud-Ouest n’ayant pu redémarrer leurs reproducteurs à temps. S’ajoutent les incertitudes sur le redémarrage des élevages du sud-ouest qui doivent se mettre en conformité avec les arrêtés biosécurité, notamment vis-à-vis de la contention en période de risque élevé d’Influenza. Combien d’entre eux voudront et pourront investir, alors qu’ils se remettent à peine de deux années de crises ? L’accompagnement des partenaires (abatteurs, organisations de production, banques) sera décisif. Reste à déterminer s’il faut viser un retour aux niveaux de production d’avant 2016. L’exigence d’excellence sanitaire préconisée par le Cifog devrait en effet se traduire par un « recadrage » du maillon production, plus important dans le Sud-Ouest (de densifier des zones, professionnaliser les élevages, jouer collectif…). Dans une situation sanitaire redevenue normale - c’est-à-dire en l’absence d’épizootie - la tâche est colossale mais incontournable. Comme l’illustrent les difficultés économiques rencontrées par des sociétés françaises exportatrices, l’enjeu sanitaire dépasse largement le secteur des palmipèdes gras.

- © Infographie Réussir

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