Réussir Aviculture 20 septembre 2016 à 08h00 | Par X. Cresp et P. Le Douarin

La filière foie gras à la croisée des chemins

Pour la filière foie gras, l'influenza aviaire est venu bousculer une année 2015 qui avait démarré sous de bons auspices. L'assemblée générale de l'interprofession, le 24 juin 2016, a été l’occasion de faire un bilan d’étape et des défis à venir.

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L'avenir de la filière gras repose sur sa capacité à maintenir les pratiques de biosécurité à un haut niveau
L'avenir de la filière gras repose sur sa capacité à maintenir les pratiques de biosécurité à un haut niveau - © X. Cresp

Avec des exportations bien orientées et une mise aux normes réussie des installations de gavage, l’année 2015 aurait dû se terminer sous les meilleurs auspices. Fin novembre 2015, le premier foyer d’influenza aviaire détecté à Biras en Dordogne y a mis un terme. Toutes les instances professionnelles et publiques ont dû rapidement se mettre au diapason pour élaborer un plan de lutte et pour « sauver la fin d’année » en évitant la psychose médiatique. Pour Christophe Barrailh, président du Cifog (Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras), « il s’agissait d’éteindre le feu, comprendre ce qui nous arrivait, passer de la stupeur au raisonnement. » Les annonces successives, d’abord du dépeuplement dans la zone de restriction de 18 départements, puis de la mise en place d’un nouveau dispositif de biosécurité (bande unique et unité de production) ont été des coups de massue. Surtout pour des producteurs décontenancés et partagés par les mesures de biosécurité à appliquer. « Il fallait faire face et expliquer la situation pour éviter l’embrasement », se souvient Christophe Barrailh. Et faire des propositions d’adaptation aux pouvoirs publics, via la nouvelle commission sanitaire du Cifog, en tenant compte de tous les modèles de productions.

Gagner le défi de la biosécurité

La France doit retrouver au plus vite le statut « indemne d’influenza. » Ce ne sera possible qu’en le prouvant par des contrôles négatifs et en l’absence de cas pendant six mois. La filière gras du Sud-Ouest doit donc mener deux chantiers de front. Celui de la biosécurité au jour le jour, élevage par élevage, métier par métier, pour que le dépeuplement et le vide sanitaire n’aient pas servi à rien. Si des cas se produisent çà et là, ils doivent rester isolés et être circonscrits. Au-delà de cette biosécurité du quotidien s’ajoute la mise en conformité des élevages dans un délai de deux ans, avec bien souvent la nécessité d’investir pour pouvoir vraiment adapter les pratiques d’élevages (bande unique avec moins de lots). Avec l’arrêté biosécurité, c’est toute la « philosophie » de l’élevage qui est à revoir dans le Sud-Ouest, et même au-delà (toutes volailles et filières courtes). S’ajoute la nécessité d’augmenter globalement les capacités de production en prêt à gaver d’au moins 10 % pour compenser la restructuration en cours. Les pouvoirs publics ont promis une aide de 220 millions, mais les producteurs se heurtent à une administration ayant des procédures inadaptées à l’urgence. En nouvelle Aquitaine, seuls les dossiers de moins de 25 000 euros sont examinés. Au-delà, il faudra attendre janvier 2017, sans garantie d’acceptation.

Une année de vache maigre

Les quelque 70 foyers d’influenza ont eu un impact considérable sur tous les maillons avec un préjudice économique encore non-mesurable. Rien que pour la filière gras, la production devrait baisser de 25 % (moins 4750 t environ) et l’excédent commercial passer de 60 millions d'euros à zéro. L’ampleur dépasse largement cette filière, ne serait-ce que par la fermeture de certains débouchés à l’export pour les autres produits avicoles. Conscient du risque de déstabilisation, l’État a annoncé une enveloppe de 130 millions d’euros, essentiellement pour les producteurs et les accouveurs impactés par le dépeuplement. Les collectivités territoriales ont été promptes à mobiliser des fonds. Ceux de l’État ont fait l’objet d’aller-retours entre la Commission européenne, le ministère de l’Économie et celui de l’Agriculture. Pour Christophe Barrailh, « on se heurte à un système n’ayant jamais connu une telle situation. » D’où les retards de paiements. L’autre motif de mécontentement de la profession concerne la quasi-absence de compensation pour les maillons amont et aval. Le Cifog a rappelé que les mesures habituelles ne suffiraient pas et « ne font pas l’affaire de la profession. » Les prochains mois diront qui a pu traverser la tempête. En tout cas, les consommateurs seraient fidèles au foie gras. Au premier quadrimestre, les ventes se sont améliorées de 1,9 % en volume (3,1 % en valeur). Selon une étude CSA de juin, 82 % des interrogés déclarent vouloir consommer en fin d’année, même si 87 % s’attendent à une augmentation de prix, ce qui pourrait les pousser à acheter moins. Par contre, rétablir la balance commerciale sera plus difficile.

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Bruno (64) | 01 décembre 2016 à 19:03:01

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