Réussir Aviculture 21 mars 2016 à 08h00 | Par Pascal Le Douarin

La filière gras au pied du mur

Les mesures d'assainissement des virus influenza H5 dans le Sud-Ouest sont lourdes de conséquences pour la filière foie gras. Le dépeuplement des élevages de palmipèdes dans quinze départements, suivi d’une nouvelle démarche nationale de biosécurité, vont remodeler les modèles de production du foie gras.

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La filière de production du foie gras veut agir vite et bien pour préserver l'avenir.
La filière de production du foie gras veut agir vite et bien pour préserver l'avenir. - © Armelle Puybasset

Mi-janvier 2016, l’annonce du dépeuplement progressif des élevages professionnels de palmipèdes de quinze départements du sud-ouest a créé un choc, suivi d’une incompréhension, voire de la colère. Choc, car cette décision concerne une zone qui produit 70 % du foie gras national et parce que l’arrêt d’activité durera quatre mois. Selon le Cifog, au moins neuf millions de canards ne seront pas élevés. C’est le quart de la production annuelle française et au moins 35 % de celle du sud-ouest.

Incompréhension, car les vraies explications ont tardé à parvenir aux producteurs. Jusqu’à mi-janvier, la communication officielle a cantonné l’influenza à un problème sanitaire ne concernant que les élevages. C’est bien le cas, mais la gravité de la situation n’a pas été clairement exposée. Il s’avère que les virus influenza sont devenus endémiques dans des zones à très forte densité aviaire. Il fallait réagir sous peine d’extension de l’épizootie, ainsi que de sanctions européennes et de blocages des ventes internationales.

Pour interrompre les cycles de transmission, il faut réduire la population de palmipèdes réservoirs, assainir l’environnement et limiter au maximum les « fuites » de virus hors zone. Le vide « tournant » par zone est irréaliste. Enfin, il faut repartir sur des bases saines et pérenniser le statut sanitaire. À court terme, la filière gras du sud-ouest est donc confrontée au triple impératif de réussir le dépeuplement et le nettoyage sanitaire et de retrouver un statut indemne. À plus long terme, l’ensemble des élevages avicoles français devra aussi fonctionner en bande unique à partir du 1er juillet et appliquer un plan de biosécurité.

Réussir le dépeuplement et le vide

La première phase du plan d’assainissement est lancée avec l’arrêt des mises en place du 18 janvier au 16 mai. Des aménagements ont été prévus pour ceux en filière courte qui vendent durant l’été. Sous certaines conditions, les mises en place pourront reprendre le 9 mai et le gavage le 4 juillet avec des canards extérieurs à la zone. Le vide généralisé des palmipèdes sur parcours d’au moins 4 semaines (18 avril -16 mai), devrait permettre de couper le cycle viral, à condition de le compléter par la réduction des vecteurs de recontamination. L’arrêté du 9 février détaille les mesures. Elles concernent le nettoyage et la désinfection des abris, des bâtiments d’élevage et gavage, des parcours, l’assainissement des effluents, du matériel de transport… Le 23 février, la récidive dans le deuxième foyer déclaré en Dordogne a rappelé la difficulté et la complexité de cette opération. Les éleveurs de palmipèdes ne sont pas les seuls concernés. Les particuliers auront à confiner leurs basses-cours. Les éleveurs mixtes (volailles-palmipèdes) auront des restrictions à respecter. Les élevages de reproducteurs palmipèdes et gibier seront contrôlés. Les mouvements vers l’extérieur (œufs, poussins, volailles) seront toujours interdits, sauf dérogations.

La bande unique obligatoire contestée

Pour minimiser les risques de résurgence d’influenza sur le long terme, les autorités ont aussi validé le 8 février un arrêté « cadre ». Il définit les règles de biosécurité à respecter dorénavant dans tous les élevages français, quelle que soit l’espèce. La bande unique est rendue obligatoire. S’ajoute un plan de biosécurité à décrire pour chaque élevage. Les discussions sont en cours pour adapter cet arrêté à chaque filière. Les éleveurs auront deux ans pour réaliser leur mise en conformité, en concertation avec les autorités sanitaires.

Cette stratégie, aux conséquences économiques considérables, n’est pas unanimement acceptée, notamment par les producteurs en circuits courts. Beaucoup craignent pour la survie économique. Les 130 millions d’aides annoncés pour l’amont paraissent insuffisants et beaucoup s’interrogent sur leur disponibilité et leur répartition. Quant au long terme, adopter la bande unique est jugé inapplicable par les petits producteurs, qui craignent leur disparition. Cette situation n’est pas propre aux circuits courts et au Sud-Ouest. Même en filière longue, les capacités de production de prêts à gaver vont diminuer, ce qui ralentira la reprise. Si l’esprit des arrêtés est respecté, les autorités devraient faire preuve de pragmatisme, mais il ne faut pas compter sur des passe-droits. Sinon, c’est bien l’avenir de toute une filière qui est menacé.

- © Infographie Réussir

L’unité de production menée en bande unique

Selon l’arrêté du 8 février 2016, l’unité de production est « une partie de l’exploitation complètement indépendante de tout autre, en ce qui concerne sa localisation et les activités de gestion des oiseaux qu’elle détient. » Elle est délimitée et d’accès protégé, avec un sas sanitaire. Il sera possible de détenir plusieurs unités de production sur une exploitation, moyennant le respect de la biosécurité. Chaque unité fonctionnera en bande unique pouvant contenir plusieurs espèces d’oiseaux, sauf des palmipèdes en mélange. Entre deux bandes, chaque unité est soumise à un nettoyage et une désinfection assortis d’un vide sanitaire d’une durée minimale. Chaque mise en place devra être déclarée aux autorités, selon des modalités à définir.

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