Réussir Aviculture 21 octobre 2013 à 08h00 | Par Pascal le Douarin

La dinde pénalisée par son prix de vente

Dans une conjoncture de prix d’intrants qui semblent baissiers, la viande de dinde reste handicapée par la politique de prix des GMS.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
La baisse des 
mises en place 
est compensée par l’alourdissement des carcasses, 
mais attention 
à ne pas aller 
vers une sous-production, ce 
qui conforterait 
les circuits d’importation.
La baisse des mises en place est compensée par l’alourdissement des carcasses, mais attention à ne pas aller vers une sous-production, ce qui conforterait les circuits d’importation. - © P. Le Douarin

Autrefois viande « moderne » par ses présentations et concurrente du veau, la dinde fait face à la concurrence du poulet. Avec le développement de la découpe et de produits transformés, le poulet a une meilleure image. Il est devenu la référence du rayon volailles. Les responsables de l’interprofession de la dinde l’admettaient lors du Space. En revanche, ils déplorent la politique de marge appliquée par les distributeurs. « D’après l’Observatoire des prix et des marges, la marge nette du rayon volailles est la plus forte de l’alimentaire avec 5,9 % », explique Gilles Le Pottier, le délégué du Cidef. « La marge brute est de 42 % sur l’escalope de dinde contre 30 % pour le filet de poulet. » Ce qui correspond grosso modo à un prix de détail surévalué d’un euro du kilo. La dinde est moins l’objet de promotions, contrairement au poulet. Cette différence de traitement fait mal à une volaille qui aussi coûte plus cher à produire en vif. Avec la hausse des matières premières, l’écart ne peut que s’accroître. Résultat, les achats de dinde des ménages ont diminué de 4,1 % sur la moitié de l’année (32 premières semaines) et augmenté de 5,8 % en poulet. Et cela en dépit d’un faible écart de prix moyen : 10,73 €/kg pour l’escalope et 10,26 €/kg pour le filet de poulet. Globalement, tous secteurs confondus (ménages, industrie, RHD), la consommation de dinde baisse peu, relativise Gilles Le Pottier. Le risque sur le long terme serait de voir le poulet grignoter des parts de marché à la dinde ou à d’autres volailles, avance Gilles Dréan, le président du Cidef. Ce serait la fin de la spécificité française, caractérisée par une vaste gamme de volailles et de produits.


Reconquérir le marché export


L’autre sujet d’inquiétude reste la dynamique de développement allemande, voire polonaise, avec les risques d’accroissement des importations de viande fraîches. Pour l’instant, celles-ci sont contenues (-3,5 % sur un an), mais ont bondi de 17,9 % en juillet. Peut-être en relation avec la baisse récente des stocks en France et le recul tendanciel des mises en place (-9,6 % sur un an). Stabilisées à 900 000 têtes par semaine, celles-ci sont compensées par un alourdissement des carcasses (+6,5 % sur un an). La cause principale du recul français est la perte des marchés d’exportations. À long terme, il n’est pas impossible que le dumping social des abatteurs allemands soit remis en cause, estime Gilles Dréan, ce qui rouvrirait la porte à nos exportations. Un rapide calcul illustre l’avantage allemand. Les salariés d’abattoirs coûtent presque trois fois moins cher qu’en France. Avec une masse salariale représentant 15 % des coûts, Gilles Dréan évalue le gain allemand à 10 %. Énorme dans un secteur agro-industriel où les meilleurs font 3 à 4 % de marge. Cependant, le Cidef compte d’abord sur la réaction des opérateurs français, à tous les niveaux. Pour le moment, la restructuration touche plutôt l’amont (organisations de production, élevages, accouvage), mais encore peu le maillon abattage pourtant surcapacitaire. Les responsables interprofessionnels comptent sur les facilitations environnementales et administratives annoncées par les pouvoirs publics. Il faut sans tarder entamer la modernisation des élevages, créer des bâtiments, augmenter la taille des sites, plaide Jean-Michel Choquet, pour résoudre la question des effluents d’élevage, cruciale dans les régions d’élevage. Le programme Néodinde devrait aussi contribuer à regagner de la compétitivité.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Aviculture se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Question du mois

Tient-on suffisamment compte des mycotoxines dans les aliments composés?

Répondez à la question

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui