Réussir Aviculture 21 mai 2015 à 08h00 | Par Armelle Puybasset

La baisse de la compétitivité n’est pas une fatalité

La filière des volailles de chair doit remporter de nombreux défis pour retrouver de la compétitivité sur son marché intérieur comme à l’export. Les économistes donnent trois raisons d’espérer.

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Pascale Magdelaine de l'Itavi et Vincent Chatellier de l'Inra : "Les écarts de compétitivité de la France résultent surtout de différences structurelles (taille des outils) et de stratégies industrielles mieux adaptées à la conquête des segments d’entrée de gamme".
Pascale Magdelaine de l'Itavi et Vincent Chatellier de l'Inra : "Les écarts de compétitivité de la France résultent surtout de différences structurelles (taille des outils) et de stratégies industrielles mieux adaptées à la conquête des segments d’entrée de gamme". - © A. Puybasset

La volaille en France est l’une des rares filières dont la production évolue à la baisse, tandis que sa demande continue d’augmenter. Alors que le taux d’autosuffisance dépassait 150% il y a quinze ans, il est aujourd’hui proche de 100%. Cette évolution traduit une baisse de compétitivité de la France sur son marché intérieur comme à l’export. Les importations, qui proviennent surtout de nos pays voisins, représentent désormais 30% de la consommation française de viande de volailles. La balance commerciale de la France en 2014 reste positive en volume (30 000 à 50 000 tonnes) mais est proche de zéro en valeur. Pour autant, les défis à relever pour retrouver de la compétitivité ne sont pas insurmontables, ce qui laisse quelques raisons d’espérer, comme nous l’expliquent les économistes Vincent Chatellier, de l’Inra et Pascale Magdelaine, de l’Itavi.

1. La demande est dynamique en France et à l’étranger

D’ici un à deux ans, la volaille deviendra la première viande consommée dans le monde, devant le porc. Selon les prévisions, la consommation va progresser de 27% entre 2013 et 2023, contre 10 à 15% pour les autres filières animales. Cela représente 23 millions de tonnes de viandes de volailles supplémentaires, bien loin de la seule production française (1,6 million de tonnes). « On peut espérer que les pays qui fournissent le marché mondial (Brésil et USA) n’arriveront pas à répondre à la totalité de la croissance, qui se fera par ailleurs dans des zones géographiques à faible potentiel productif (Asie, Afrique). » L’Europe doit développer des stratégies à l’export pour compenser son handicap de compétitivité coût, qui tend à se réduire. En effet, le différentiel de coût de main-d’œuvre diminue et le coût des céréales et du soja augmente dans les pays tiers.

2. La diversité des productions est un atout

Le marché français est caractérisé par une multiplicité d’espèces et de mode de production à valeur ajoutée (standard, label, bio…). « Cette forte segmentation a joué un rôle protecteur contre les importations mais peut parfois être vécue comme un handicap. » En effet, les importations sont concentrées sur les produits de qualité standard et bon marché. Néanmoins, la filière française peut tirer parti de son savoir-faire dans les productions alternatives et capter des parts de marché dans les États-Membres, où des segments plus qualitatifs commencent à émerger (comme aux Pays-Bas ou au Royaume-Uni).

3. Le déficit de compétitivité n’est pas insurmontable

Nos principaux concurrents sur le marché intérieur ne sont pas le Brésil ou les USA mais nos voisins d’Europe du Nord. « Les écarts de compétitivité résultent surtout de différences structurelles (taille des outils) et de stratégies industrielles mieux adaptées à la conquête des segments d’entrée de gamme. » Pour autant, ils ne sont pas insurmontables. Plusieurs signes montrent que les choses bougent. On constate une timide reprise des constructions de bâtiments de 2,14% en 2013. Des restructurations ont lieu dans le secteur industriel, dont l’alliance entre LDC et Avril. L’objectif est de reconquérir la part de marché prise par les viandes importées (RHD, industrie et entrée de gamme en GMS). On note aussi l’émergence de nouvelles politiques contractuelles d’organisations de production, orientées sur le marché intérieur mais aussi sur le grand export, qui favorisent la recherche de compétitivité. Les aides publiques n’excluent plus le secteur avicole (plan de modernisation). Enfin, la volonté de communiquer sur la volaille française est clairement affichée par la filière et les pouvoirs publics, tant sur l’étiquetage des produits en GMS que dans les circuits RHD.

- © Infographie Réussir

Voir aussi article Les JRA favorisent les échanges entre chercheurs et professionnels.

Initier un dialogue constructif sur l’agrandissement des élevages

L’un des enjeux de la France pour retrouver de la compétitivité est de mieux maîtriser ses coûts de production, en écrasant ses coûts fixes par des économies d’échelle. Cela passe notamment par une augmentation des tailles des élevages (et des outils de transformation). Or, le développement des élevages est de moins en moins accepté par la société française. Il existe peu d’études économiques qui ont quantifié les gains réels sur les coûts fixes en fonction de la taille des élevages . « N’est-ce pas un sujet dont pourrait se saisir la recherche française ? », interroge un chercheur. Par ailleurs, « il est urgent de reprendre un dialogue constructif et pondéré avec les citoyens fraçais, de sorte de renforcer l’acceptabilité des élevages et leur développement, » souligne Vincent Chatellier.

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