Réussir Aviculture 15 mars 2016 à 08h00 | Par Propos recueillis par Pascal Le Douarin

L'interprofession du foie gras doit « reconstruire un modèle sécurisé »

En première ligne face à l’Influenza aviaire, la filière gras n’a pas le droit à l’erreur en réalisant le vide sanitaire du Sud-Ouest et en redémarrant avec de nouvelles règles de biosécurité. Entretien avec Christophe Barrailh, président de l'interprofession du foie gras.

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Christophe Barrailh est éleveur et gaveur de canards gras sous IGP dans les Landes. Il occupe également les fonctions d'administrateur dans un groupe coopératif et est aussi président de la FDSEA des Landes.
Christophe Barrailh est éleveur et gaveur de canards gras sous IGP dans les Landes. Il occupe également les fonctions d'administrateur dans un groupe coopératif et est aussi président de la FDSEA des Landes. - © P. Le Douarin

Quel bilan de l’épizootie faites-vous pour la filière gras du Sud-Ouest ?

Christophe Barrailh - « La filière s’est d’abord mobilisée pour sauver la saison festive qui démarrait en plein contexte d’attentats. La confusion entre une maladie d’élevage et un risque alimentaire lié à la consommation de nos produits a été évitée. Un choc s’est produit quand nous sommes passés de la gestion de foyers à la gestion d’un problème sanitaire de grande ampleur. Le dépeuplement progressif de la zone de restriction était la moins mauvaise solution, techniquement et psychologiquement. L’euthanasie de sept millions de canards aurait eu un effet médiatique désastreux. Mais, cette décision est très lourde de conséquence. La zone de restriction pèse 71 % de la production française ; l’arrêt puis le redémarrage progressif feront chuter les volumes d’au moins 9 millions de canards, soit de 25 % au minimum. Maintenant, nous travaillons avec les pouvoirs publics pour obtenir au plus vite des avances de trésorerie et pour permettre l’adaptation rapide des élevages aux règles de biosécurité qui seront appliquées le 1er juillet à toutes les volailles. D’ici là, nous aurons avec les pouvoirs publics plusieurs semaines de concertation sur ces règles déclinées filière par filière. »

Les 130 millions d’aides annoncés sont-ils conformes à vos attentes ?

C. B. - « Oui, mais nous avons besoin que ces aides arrivent vite, surtout chez les sélectionneurs et accouveurs. À partir de fin avril, nous serons 'dans le dur' lorsque les abattages cesseront pendant quinze semaines. Ces aides peuvent apparaître importantes à un moment où d’autres filières souffrent, mais elles sont indispensables pour éviter de rayer de la carte des entreprises et aussi pour garantir l’application du vide sanitaire. Les éleveurs et les entreprises ne se laisseront pas mourir sans rien faire. »

Les opérateurs de la filière courte seront-ils logés à la même enseigne ?

C. B. - « La filière courte fait partie intégrante du Cifog, où elle est représentée et défendue. Je réfute un pseudo-effet d’aubaine au profit de la filière longue. Que vous soyez gros ou petit, 30 % en moins c’est toujours terrible à supporter. Il n’y a pas de gagnants dans cette affaire, mais des victimes. Les deux modèles sont complémentaires. Tout le monde, petit ou gros, doit faire le progrès sanitaire. Reste aux pouvoirs publics à tenir compte des spécificités de chaque filière. »

Les nouvelles règles sanitaires menacent-elles l’élevage des prêts à gaver du Sud-Ouest ?

C. B. - « Après le vide sanitaire, on ne redémarrera pas pour se retrouver dans la même situation l’an prochain ! Ce serait impossible, inimaginable et inacceptable en termes de crédibilité de la filière, de fonds engagés et de nouvelle gestion sanitaire. L’immobilisme nous conduirait dans l’abîme. Les règles de biosécurité vont nous permettre de reconstruire un modèle de production sécurisé. Des investissements sont à faire rapidement et d’autres plus lourds sans doute à planifier (des bâtiments par exemple). Les modifications de bon sens peuvent déjà être faites si l’élevage est vide (clôtures, sas, couloirs de circulation, aires de lavage…). D’où l’urgence à apporter des aides de trésorerie. J’ai bien conscience que cette adaptation fera baisser le volume de palmipèdes gras produits en France, et pas seulement dans le Sud-Ouest, mais nous n’avons pas le choix. Je ne crois pas à une dérégionalisation de la production des prêts à gaver. Le rééquilibrage dans le temps sera une opportunité pour de nouveaux éleveurs et ceux en place. Au bout du compte, nous devrions améliorer l’état sanitaire global de nos canards. »

Les prix de vente devraient aussi augmenter… ?

C. B. - « L’offre baissant, on peut penser que les prix vont monter. Ces prix sont l’objet de négociations hors du cadre de la confrontation de l’offre et de la demande. Nous espérons que les clients seront compréhensifs et que les consommateurs suivront par des achats citoyens, en acceptant de payer nos produits plus chers, à cause d’un 'code de la route' complètement révisé. »

Le mode d’élevage des palmipèdes en plein air est-il menacé ?

C. B. - « Produire du foie gras sans parcours est inconcevable et non-négociable pour la filière. À nous de concilier plein air et sanitaire avec des règles respectées. »

Pour pallier un manque de mulards, le gavage des femelles mulards est-il envisageable ?

C. B. - « À titre personnel, je m’y opposerais fermement. Car ce serait un retour en arrière et une mauvaise solution pour remplir plus vite les ateliers de gavage. »

Craignez-vous les importations de Bulgarie et de Hongrie ?

C. B. - « Il y aura sans doute un léger effet d’aubaine, mais pas un raz-de-marée. Produire massivement ne s’improvise pas. Par contre, faute de produits français les pays tiers importateurs pourraient se retourner vers ces fournisseurs. »

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