Réussir Aviculture 27 mai 2014 à 08h00 | Par Propos recueillis par Armelle Puybasset

« L'Europe ne part pas gagnante avec les USA » estime Christian Pèes, président de la Cogeca

Christian Pèes (1) a rencontré ses homologues américains lors d'une récente phase de négociation du traité transatlantique sur les échanges commerciaux Europe/États-Unis.

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Christian Pèes, Président de la Cogeca : « Les États-Unis parlent d'une même voix. 
En Europe, les points de vue divergent »
Christian Pèes, Président de la Cogeca : « Les États-Unis parlent d'une même voix. En Europe, les points de vue divergent » - © Euralis

. Le traité est-il placé sous la doctrine du libre-échange ?


C. P. - « Oui, le libre-échange sous-tend ces négociations mais il s'agit avant tout d'un accord de fluidité du commerce entre les deux premières puissances mondiales. L'un des objectifs de ce Partenariat transatlantique sur le commerce et l'investissement (TIPP) est de supprimer les barrières douanières. C'est une négociation globale qui concerne tous les secteurs économiques : l'industrie, les services... et bien sûr l'agriculture, où les désaccords entre les deux blocs sont les plus nombreux. Le risque est qu'une fois les négociations terminées dans les autres branches, on demande à l'agriculture de faire quelques concessions de dernière minute pour conclure l'accord. »


. Quelles sont les menaces et les opportunités pour l'agriculture ?


C. P. - « Il y a des opportunités dans les deux sens. Les États-Unis sont très consommateurs de produits européens et notamment français. L'accord va harmoniser toute une somme d'exigences réglementaires et lever certains obstacles non-tarifaires.
Cet accord représente un risque pour l'agriculture européenne. Aux USA, l'agriculture et l'agroalimentaire font partie des priorités, avec un projet de développement cohérent et très soutenu par les parlementaires. Ils ont une vision stratégique de l'alimentation, soutenue par une politique agricole forte à travers le Farm Bill. En Europe, l'importance de l'agriculture est plus « légère » avec une PAC moins ambitieuse, où l'environnement prévaut, parfois au détriment de la performance économique. L'agriculture européenne n'est pas perçue par nos négociateurs comme un enjeu primordial. En outre, il n'y a pas toujours de consensus au sein des vingt-huit États membres. Les USA arrivent sur la table des négociations avec une position claire et unique. »


. Qui a aujourd'hui réalisé le plus de concessions ?


C. P. - « Nous ne pouvons faire que des supputations sur ces négociations secrètes. Les négociateurs européens rêvent d'un accord libéral et global. Pour la partie agricole, on les soupçonne de céder davantage que de recevoir. Nous restons vigilants sur des concessions qui pourraient déstabiliser nos marchés. Ils soutiennent qu'ils ne remettront pas en cause notre législation, par exemple sur les OGM, ou nos réglementations sanitaires (interdiction des hormones de croissance, de la chloration des carcasses de poulets...). Nous n'avons pas la même approche des normes sanitaires. Pour les USA, elles doivent reposer uniquement sur des arguments scientifiques. En Europe, des aspects éthiques et politiques entrent aussi en jeu et paraissent injustifiés aux yeux des américains. »


. Les produits avicoles vont-ils être classés comme sensibles ?


C. P. - « Il est évident que certains produits agricoles doivent être considérés comme sensibles et bénéficier de protections spécifiques (tarifs, quotas). Je pense par exemple aux bovins ou à la volaille. Avec du vivant, on ne peut pas raisonner uniquement en termes de logique économique comme on peut le faire avec des boulons ou des voitures. Il est essentiel de maintenir des productions alimentaires locales. Une concentration trop importante sur une région de la planète pourrait avoir des conséquences désastreuses (risques sanitaires, géopolitiques ou climatiques). »


. Est-ce le bon moment pour négocier ?


C. P. - « Non, car l'Europe n'est pas assez sûre d'elle pour entrer dans une phase de négociation. Les États-Unis nous proposent de créer la plus grande plateforme commerciale du monde. C'est une opportunité que l'on ne peut pas refuser, au risque qu'ils engagent de tels accords avec d'autres acteurs mondiaux. »

 

 

(1) Christian Pèes défend les intérêts des coopératives agricoles européennes à Bruxelles. Producteur de maïs dans les Pyrénées-Atlantiques, il est également président du groupe Euralis.

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