Réussir Aviculture 08 mars 2017 à 08h00 | Par Pascal Le Douarin

L'épizootie d’influenza H5N8 plonge les filières du Sud-Ouest dans la confusion

Avec l’extension de l’épizootie de H5N8 dans le Sud-Ouest, les autorités ont renforcé les mesures de lutte et avancent une reprise d’activité en palmipèdes d’ici fin mai.

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Stéphane Le Foll a indiqué que « l’État et la profession doivent bâtir un pacte détaillé pour garantir la pérennité de la production de foie gras », lors de sa venue  à Mont-de-Marsan dans les Landes le 21 février.
Stéphane Le Foll a indiqué que « l’État et la profession doivent bâtir un pacte détaillé pour garantir la pérennité de la production de foie gras », lors de sa venue à Mont-de-Marsan dans les Landes le 21 février. - © S. Zambon/Ministère de l'Agriculture

En février, l’épizootie de H5N8 a pris une nouvelle dimension dans le Sud-Ouest (1). Jusqu’à mi-janvier, les foyers s’allumaient plutôt de proche en proche, en progressant du Gers vers les Landes ou les Pyrénées-Atlantiques. Mais en quelques jours, le front des foyers a éclaté avec des apparitions vers la Chalosse où se concentre la moitié de la production landaise de foie gras. Comme si la stratégie d’euthanasie préventive appliquée depuis le 4 janvier se révélait inefficace ou prise de vitesse. Cet abattage préventif visait à vider une zone de ses canards en plein air (sauf ceux en autarcie complète) pour réduire la multiplication virale et créer un pare-feu. Touchant 150 communes, le périmètre a été agrandi sept fois pour atteindre 463 communes le 14 février. Mais les virus ont franchi la barrière en empruntant les transports (hommes, véhicules, équipements) qui n’ont pas strictement respecté la biosécurité. La contamination par voie aérienne s’est aussi produite, en lien avec des concentrations virales extrêmes et avec la météorologie (tempête Marcel début février). Au point que des élevages très sécurisés de couvoirs ont été atteints. Conclusion d’un accouveur concerné : « notre biosécurité trouve ses limites dans un environnement fortement contaminé. C’est du tout ou rien ».

Une stratégie de lutte révisée deux fois

S’appuyant sur un avis de l’Anses, la stratégie de lutte a été durcie par deux fois. À partir de fin janvier, puis le 21 février faute d’enrayer la progression virale. Venu ce jour à Mont-de-Marsan dans les Landes, Stéphane Le Foll a annoncé que l’abattage préventif passait de 3 à 10 km pour tous les palmipèdes (les autres volailles dans un rayon de 1 km). Le ministre a par ailleurs confirmé qu’encore 360 000 canards seraient préventivement abattus en zone instable (559 communes dépeuplées au total). Enfin, un cordon sanitaire de 333 communes encore indemnes a été formé autour des zones infectées. Toute mise en place et tout mouvement de palmipèdes y sont interdits jusqu’à nouvel ordre. Cette technique de la terre partiellement brûlée a été parfois mal appliquée (manque de moyens humains ou techniques), mal acceptée ou mal comprise par les professionnels et la population. S’y est ajoutée la mise en place des zones réglementées (« protection » et « surveillance » autour des foyers, « contrôle temporaire » ailleurs) qui s’est traduite par de fortes perturbations pour les élevages indemnes.

Une reprise d’activité sans réelle visibilité

Affrontant les événements au jour le jour, les responsables professionnels de la volaille et du foie gras du Sud-Ouest attendent impatiemment des signes favorables au redémarrage. L’an dernier, la reprise des palmipèdes avait eu lieu mi-mai, grâce au dépeuplement progressif et programmé des palmipèdes dans un périmètre précis. Cette fois-ci, le dépeuplement a été subi au coup par coup. Néanmoins, Stéphane Le Foll a annoncé qu’un vide sanitaire général sera mis en place pour les palmipèdes dans la « grande zone réglementée » (Gers, Landes, Pyrénées-Atlantiques, Hautes-Pyrénées). Le Foll a évoqué une reprise d’ici fin mai, le temps de décontaminer et d’assainir les élevages et les parcours. Concernant les gallinacées, il est déjà possible de les redémarrer dans les anciennes zones infectées « stabilisées » (338 communes le 17 février), après un délai suivant la désinfection du dernier foyer (de l’ordre d’un mois). Mais, elles ne correspondent pas toujours à la cartographie des élevages de volailles, également concentrés dans les zones encore infectées. Comme la rapidité du redémarrage est vitale pour l’économie avicole régionale, il va falloir trouver dans l’urgence un accord sur les mesures supplémentaires de protection.

Pour en savoir plus, consulter la carte interactive des foyers H5 hautement pathogènes et des zones réglementées en France.

Impact économique inchiffrable

La situation économique est plus grave et complexe que l’an dernier, dans la mesure où toutes les filières avicoles du Sud-Ouest sont perturbées. Le bilan sera sans doute plus lourd qu’en 2016. À fin février, les abattages dans les foyers concernaient au moins 1,5 million d’oiseaux et les abattages préventifs au moins 2 millions de palmipèdes. À cela s’ajoutent les pertes à venir pour non mises en place de volailles et de canards. Il se dit que le volume de mulards gavés pourrait atteindre 25 millions cette année (30 en 2016 et 40 auparavant). Selon le Synalaf, les filières chair organisées (standard compris) perdent de l’ordre de 500 000 à 700 000 mises en place par semaine. Quatre-vingts pour cent des éleveurs labels du Sud-Ouest se trouvent en zones infectées et ne savent pas quand ils pourront redémarrer. Des couvoirs ont abattu des cheptels de reproducteurs ou ont fermé (deux de poussins label dans les Landes). Après avoir mobilisé 185 millions d’euros en 2016, l’État s’est à nouveau engagé à soutenir rapidement les producteurs et leurs partenaires amont (sélection-accouvage) et aval. Il y a urgence.

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