Réussir Aviculture 30 septembre 2015 à 08h00 | Par Armelle Puybasset

L'avis de deux sélectionneurs sur l'élevage de dindes en bâtiment spécialisé

Hybrid Turkeys et Aviagen Turkeys insistent sur la technicité élevée qu’impose l’élevage en bâtiments spécialisés.

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Dindons à une semaine de l'abattage : le système de production français est le plus productiviste en termes de poids vif mais pas en poids de viande.
Dindons à une semaine de l'abattage : le système de production français est le plus productiviste en termes de poids vif mais pas en poids de viande. - © P. Le Douarin

La technique du « démarrage en poussinière et transfert en bâtiments d’engraissement » est généralement associée à une densité d’élevage supérieure voire double durant les premières semaines. Elle nécessite une plus grande technicité, une surveillance accrue et le respect de fondamentaux, que nous rappelle Pierre Dulac, d’Hybrid Turkeys. Selon Jérôme Noirault, d’Aviagen Turkeys, l’amélioration de l’expression du potentiel génétique passe nécessairement par des densités des mâles plus faibles, dès 4 semaines.

Pierre Dulac, d’Hybrid Turkeys, le souligne : « La phase de démarrage est essentielle. L’éleveur doit se fixer des objectifs de performances ambitieux, avec une croissance proche du standard du sélectionneur car un retard de GMQ à 28 jours sera dur à récupérer. L’élément clé est d’avoir suffisamment d’équipements d’abreuvement et d’alimentation (voir préconisations ci-contre). Le dindonneau se déplace moins bien qu’un poussin. » Les fondamentaux doivent être respectés : confort thermique (32°C le premier jour en chauffage en ambiance ou plus s’il n’y a pas de radiants 29°C en localisé avec 40-42° sous radiants, puis baisse rapide les jours suivants) ; la qualité de la ventilation avec un taux de renouvellement suffisant (CO2 inférieur à 2500 ppm dès le préchauffage) ; une intensité lumineuse de 60 à 80 lux pour stimuler l’activité des dindonneaux et les aider à repérer les points d’eau et d’aliment ; une litière sèche régulièrement renouvelée. En poussinière, il est déconseillé de dépasser une densité de 12 dindonneaux par m2. Au-delà, il est compliqué de respecter les normes en termes de nombre de points d’eau et d’aliment : on aurait un tapis de mangeoires, au milieu duquel il serait difficile de circuler. Du point de vue du sélectionneur, le kilotage instantané en engraissement ne devrait rester proche de 50 à 55 kg/m2. »

Jérôme Noirault, d’Aviagen Turkeys, va dans le même sens. « Pour favoriser le GMQ et optimiser le rendement en viande, la densité des mâles devrait baisser à 4/m2 dès 4 semaines, ce qui est possible avec l’engraissement par sexe séparé sur deux sites distincts. Dans le schéma actuel français basé sur l’engraissement mixte, la densité se situe autour de 5,5 pour les mâles et à 10 pour les femelles, soit 7,5 en moyenne. Malgré une densité plus faible après le départ des femelles, les dindons n’auront pas de croissance compensatrice. Notre système de production français est le plus productiviste en termes de poids vif mais pas en poids de viande. Nous sommes plus éloignés des standards de souches (en poids moyen comme en rendement) que ne le sont nos concurrents étrangers. De plus, la dinde perd son avantage sur le rendement par rapport à l’espèce au poulet : il se stabilise à 22% quand celui du poulet a progressé de 17-18% à 20% durant la dernière décennie.

L’intérêt d’une baisse de la densité doit se raisonner au niveau de la filière car l’amélioration du poids vif ne pourra compenser à elle seule la baisse de densité. Il faut ajouter le gain de rendement pour l’abattoir. Pour l’éleveur, l’impact économique d’une baisse de densité en engraissement devrait être davantage raisonné sur la marge nette : moins de frais de santé, bâtiments d’engraissement moins coûteux… Il est également important d’anticiper les réglementations sur le bien-être animal. Des discussions en cours au niveau de l’Europe portent sur une limitation du kilotage instantané à 52-58 kg, éloigné de nos pratiques actuelles. »

- © Infographie Réussir

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