Réussir Aviculture 03 février 2014 à 08h00 | Par Propos recueillis par Véronique Bargain

« L’aviculture française peut se relancer »

La filière avicole française a des atouts pour se relancer, malgré les menaces importantes qui pèsent sur le secteur, estime Vincent Chatellier.

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Vincent Chatellier : « Renforcer 
les cohérences et équilibrer les liens entre producteurs 
et transformateurs »
Vincent Chatellier : « Renforcer les cohérences et équilibrer les liens entre producteurs et transformateurs » - © V. Bargain

.  Voyez-vous des points positifs pour l’aviculture française dans le contexte mondial ?


Vincent Chatellier – « Plusieurs points sont positifs. La consommation et les prix mondiaux de la viande continuent d’augmenter et la volaille va devenir la première viande mondiale en 2020. D’autre part, les prix du pétrole, qui influent sur les coûts de production et sur l’intérêt de développer des biocarburants, mais aussi sur la capacité des pays pétroliers à acheter des biens, n’augmentent plus autant qu’auparavant. La parité dollar/euro s’est stabilisée depuis 5-6 ans. La balance commerciale française de l’agroalimentaire a bien résisté. En volaille, elle s’est détériorée avec l’Europe, mais elle s’est améliorée avec les pays tiers. Enfin les marchés se développent en Afrique, en Asie et au Proche et Moyen Orient. »

 


. La France devrait-elle se tourner davantage vers les pays tiers ?

 


V. C. – « À l’échelle européenne, la concurrence est forte et la production va encore augmenter, alors que la population n’augmente plus beaucoup. Les marchés du Proche et Moyen Orient sont par contre en forte croissance. La suppression des restitutions est un coup dur pour la France. C’était une volonté politique historique amorcée depuis 1994. Le Brésil est le principal exportateur vers ces pays. S’il se tourne un peu plus vers d’autres débouchés, il peut libérer des marchés au Proche et Moyen Orient. Comme il a beaucoup de clients dans ces pays, mais aussi en Asie, en Amérique Centrale, cela est tout à fait possible. »

 

. Quels sont les autres défis pour la filière avicole française ?


V. C. – « La filière française doit continuer à mettre la performance technique au cœur du dispositif, moderniser le parc de bâtiments, accroître la taille des élevages, favoriser le financement à long terme des investissements structurants et produire peut-être des poulets plus lourds pour augmenter le rendement en viande. Il faudrait aussi saturer davantage les outils d’abattage-découpe et sans doute créer de nouveaux abattoirs plus grands, plus automatisés. L’innovation produit reste essentielle.
La France a aussi des opportunités à saisir sur son marché intérieur. 30 % des volailles consommées en France sont importées. Cette part atteint 44 % en poulet et 87 % en restauration hors foyer. Il y a donc des marchés à reconquérir, en mettant en avant l’origine France. Notamment en restauration hors foyer, avec la volaille fraîche standard. Il faudrait promouvoir l’image des filières de qualité, qui sont appréciées des consommateurs français, mais qu’il faudrait exporter davantage. Enfin il faudrait renforcer les cohérences verticales et transversales au sein de la filière et équilibrer les liens entre producteurs et transformateurs dans le sens d’une co-construction. »

 


. Quelle peut être la stratégie des exploitations ?


V. C. – « En situation de volatilité, une exploitation doit avoir trois grandes stratégies complémentaires : une stratégie technique d’optimisation des performances, une stratégie entrepreneuriale (acquisition de foncier, choix des productions, investissements…) et une stratégie patrimoniale (cessibilité de l’entreprise, valorisation du capital accumulé). La stratégie doit être adaptée à l’exploitation en termes d’autonomie du système technique, de productivité du travail et de choix soit de la diversification des productions soit de la spécialisation. Les jeunes doivent investir sur du long terme. La création de valeur ajoutée doit être au centre des stratégies d’investissement. »

- © © Bertrand NICOLAS / Inra

Vincent Chatellier est directeur du Laboratoire d'études et de recherche en économie de l'Inra de Nantes. Ses recherches portent sur la compétitivité et la diversité des exploitations agricoles en France et dans l’Union Européenne, sur les réformes successives de la PAC et sur l’économie des filières agricoles.

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