Réussir Aviculture 07 décembre 2015 à 08h00 | Par Pascal Le Douarin

L'abattoir régional Bernard Royal Dauphiné mise sur l'ultrafrais et le local

Sous l'impulsion de Jean-Luc Alnet, la filiale rhônalpine de Gastronome est devenue le leader du poulet dans le Sud-Est et compte bien le rester.

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Refaite en 2006, la salle de découpe à l'espace très optimisé a atteint ses capacités maximales à 45 heures de fonctionnement par semaine.
Refaite en 2006, la salle de découpe à l'espace très optimisé a atteint ses capacités maximales à 45 heures de fonctionnement par semaine. - © P. Le Douarin

Au sud de Lyon, la région Sud-Est est un paradoxe en matière de viande de volaille. Bien qu'elle dispose d'un potentiel d'une vingtaine de millions de consommateurs, une seule main suffit pour compter les entreprises d'abattage-transformation avicole qui y sont implantées(1). « Moins d'un quart des poulets consommés en Rhône-Alpes -- environ un million par semaine -- sont produits dans la Drôme qui est pourtant le principal bassin de production », estime Jean-Luc Alnet, directeur général de Bernard Royal Dauphiné, installé à Grane dans la Drôme. « On a encore de quoi faire pour reprendre des parts de marché occupées par les entreprises de l'Ouest ! »

Exploiter le segment du A pour A

Jean-Luc Alnet sait de quoi il parle. Cet autodidacte, fils et petit-fils d'abatteur de volailles à Plévin en Côtes-d'Armor, connaît ce métier sur le bout des doigts. Après vingt-deux ans passés dans un groupe breton, il est arrivé dans la Drôme en janvier 2002, à la demande de Gastronome. Sa mission était d'organiser la fusion absorption de l'abattoir familial Bernard avec l'abattoir de dindes de Pizançon, repris après le dépôt de bilan du groupe Bourgoin. La coopérative d'Ancenis avait en effet pris la majorité de Bernard, passant de 48 % du capital à presque 100 % (moins de 2 % restant pour la coopérative Valsoleil). Rebaptisée Bernard Royal Dauphiné (BRD), la nouvelle configuration a été officialisée en 2003. « À côté d'un potentiel commercial phagocyté par les entreprises de l'Ouest, Bernard avait des difficultés en termes d'outil industriel. De plus, le parc avicole était vétuste, résume le directeur général. Chacun, en amont et en aval, avait un caillou dans sa chaussure. Si j'avais pensé à ma carrière, je ne serais pas resté plus de dix minutes. Mais je sentais qu'on pouvait faire quelque chose de bien... » Ayant reçu carte blanche, le directeur général a joué la carte de la fraîcheur et de la proximité pour distinguer BRD des concurrents extra-régionaux.

Jean-Luc Alnet dans le magasin d'usine. « Ma plus grande fierté professionnelle, ce sont ces dix ans passées dans la Drôme. »
Jean-Luc Alnet dans le magasin d'usine. « Ma plus grande fierté professionnelle, ce sont ces dix ans passées dans la Drôme. » - © P. Le Douarin

Livraison le jour même de poulets tués et découpés du matin

« Nos clients situés dans le triangle Lyon-Perpignan-Monaco peuvent passer les commandes jusqu'à 13 heures. » Ils seront livrés le jour même avant 18 heures de poulets tués et découpés du matin. Argument de poids, le taux de casse en magasins s'est réduit de 2 à 3 %.

À partir de 2004, BRD a décidé de régionaliser son offre pour sortir encore plus de la comparaison systématique avec les faiseurs de l'Ouest. La production est 100 % drômoise, principalement fournie par la coopérative Valsoleil, avec une marque simplement baptisée « Le poulet de ma région. » Pour renforcer son ancrage, BRD vend du poulet label rouge de la Drôme (environ 30 000 par semaine) et des Cévennes (environ 6500 par semaine). L'argument « produit local » a pleinement porté ses fruits à la fin des années 2000. « Depuis 2013, notre production a augmenté de 36 % », assure Jean-Luc Alnet. L'entreprise est présente dans toutes les enseignes, à sa marque ou sous marque distributeur. Elle s'est adaptée aux consommateurs, avec un débouché halal pesant 20 % des volumes. En 2002, BRD réalisait 42 millions d'euros de chiffre d'affaires avec 42 000 poulets standard abattus par semaine. En 2015, elle vise 58 à 60 millions, avec 190 000 poulets en moyenne par semaine avec une équipe d'abattage, dont 80 % sont découpés.

Des produits localisés « poulet de ma région » et « poulet label fermier de la Drome » qui ancrent Bernard Royal Dauphiné à son bassin de production drômois.
Des produits localisés « poulet de ma région » et « poulet label fermier de la Drome » qui ancrent Bernard Royal Dauphiné à son bassin de production drômois. - © P. Le Douarin

Rechercher la performance industrielle

Parallèlement à la stratégie commerciale, l'entreprise a mis ses deux sites drômois au niveau technique : 3,5 millions d'euros ont été injectés à Pizançon et 7 à 8 millions à Grane. L'aspect extérieur du site de Grane semble vétuste, mais à l'intérieur « tout a été progressivement refait à neuf, du quai d'accrochage au quai d'expédition ». L'abattoir a été certifié IFS en 2010, une référence incontournable pour vendre en GMS. Réaménagée en 2006, la salle de découpe semi-automatisée traite 3000 poulets à l'heure, « mais nous arrivons au taquet », concède Gilbert Pourtier, le directeur de l'abattoir. « Nous sommes dans un métier de coûts, ajoute Jean-Luc Alnet, où le moindre centime épargné en usine contribue au résultat, que ce soit en termes de performance industrielle ou de gestion du nombre de produits référencés. » Au-delà de 300-400 références, le directeur de BRD dit stop. « On ne peut pas tout accepter, même si on a de bons outils, car on pénalise la productivité. »

BRD c'est aussi de la dinde, à raison de 16 000 têtes découpées par semaine à Pizançon (7000 à 8000 tonnes par an) et des produits crus de poulet et de dinde (environ 1600 tonnes). La crise de 2005-2006 a provoqué l'arrêt de l'abattage. Le transport des dindes tuées dans l'Ouest pesait sur les comptes. Jean-Luc Alnet a passé un accord avec LDC. Depuis juin 2013, les dindes BRD sont tuées dans le Rhône chez Corico, repris fin 2011 par LDC. « Il faut être intelligent sur la performance industrielle, clame le directeur, citant l'industrie automobile en modèle. Il ne suffit pas de parler des fondamentaux, il faut la compétence du métier pour les appliquer. » De même, BRD abat les pintades pour l'autre abattoir drômois Capag, qui tue 3000 à 4000 poulets bio pour Gastronome. BRD fait aussi office de plateforme logistique pour les ventes régionales de Gastronome Ancenis, avec parfois des fabrications délocalisées.

Jean-Luc Alnet a dans ses cartons un projet impliquant une robotisation poussée. « Nous avons besoin d'aller chercher 1 % de compétitivité par an. » Ayant atteint ses objectifs fixés voici dix ans (repositionnement commercial et performance élevage-industrie), il estime que l'évolution du fonds de commerce impose celle de l'outil industriel. Ce futur investissement, attendu en 2016 pour conquérir des marchés plus valorisants, annonce une prochaine vague de croissance de la production drômoise. Jean-Luc Alnet espère encore garder un coup d'avance.

Bernard Royal Dauphiné fête ses 60 ans

L'entreprise Bernard Royal Dauphiné passe bien le cap des 60 ans, avec :

- son chiffre d'affaires 2014 de 55 millions, pour 14 000 tonnes commercialisées, et un résultat nettement positif;

- ses deux sites industriels saturés, à Pizançon (découpe de dinde et produits crus) et à Grane (abattage-découpe poulet sur 16 000 m2) employant 250 salariés pour 16 000 dindes découpées, 36 500 poulets label rouge, 190 000 poulets standard, 4500 pintades par semaine;

- ses marques régionales : en standard Royal Bernard, Le poulet de ma région, La dinde de ma région, en halal Royal Halal, en label rouge Duc des prés et Maistre Bernard, en produits de découpe Royal +;

- son magasin d'usine « pour que l'on sache qu'ici se trouve un abattoir de volailles et que le personnel soit fier de ce qu'il produit »;

- son sponsoring depuis 2012 du pilote drômois Bryan Bouffier, qui participe au rallye de Monte-Carlo où il a terminé deuxième l'an dernier.

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