Réussir Aviculture 25 mars 2013 à 15h53 | Par P.Le Douarin

INTERVIEW DE DANIEL SAUVAGET, PDG DE TILLY SABCO - "Nous devons réinventer maintenant la filière grand export"

Avec des restitutions à leur niveau actuel, la viabilité de toute la filière grand export est menacée à très court terme. Selon Daniel Sauvaget, la réponse doit être collective, rapide et de grande ampleur.

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DANIEL SAUVAGET, PDG DE TILLY SABCO. En 2012, l’entreprise a exporté 1,38 million de poulets par semaine, réalisé 136 millions d'euros de chiffre d’affaires, touché moins de 20 millions d'euros de restitutions et dégagé un résultat net de 2,14 millions d'euros.
DANIEL SAUVAGET, PDG DE TILLY SABCO. En 2012, l’entreprise a exporté 1,38 million de poulets par semaine, réalisé 136 millions d'euros de chiffre d’affaires, touché moins de 20 millions d'euros de restitutions et dégagé un résultat net de 2,14 millions d'euros. - © PLD

Avez-vous été surpris par l’annonce du 18 janvier, réduisant encore les restitutions de 108 euros par tonne ?


« En octobre dernier, une baisse était économiquement justifiable au vu d’une conjoncture encore favorable. La baisse, identique en janvier, est un message éminemment politique, signifiant la mise à zéro des aides. Il faut dire que la France n’a produit aucun signe tangible signalant à la Commission qu’elle allait évoluer. Mais à la décharge des industriels français, de hauts fonctionnaires de la Commission garantissaient voici deux ans que les restitutions seraient maintenues jusqu’en 2020, avec cinq ans de visibilité ! En avril prochain, si la France ne réagit pas, le risque de tomber à zéro n’est pas nul. C’est à nous d’aller présenter un projet collectif à la Commission. »




Les intervenants et partenaires de la filière grand export ont-ils pris la mesure du problème ?


« Notre handicap est structurel. Il n’est pas lié à la situation de telle ou telle entreprise, ni à une conjoncture plus ou moins favorable. Quelques chiffres font comprendre l’enjeu. La marge opérationnelle industrielle est d’environ 130 à 140 millions pour le grand export français, y compris les 80 millions de restitutions qui peuvent disparaître. On ne peut donc pas passer la rampe avec des restitutions à 108 euros alors qu’elles étaient de 325 euros par tonne depuis juin 2010. Pour s’en sortir, il faut combler un écart de l’ordre de 350 euros par tonne.

À nous de trouver ensemble ces moyens, en discutant entre industriels et avec l’amont. La recherche d’une solution déborde largement le cadre de Tilly Sabco. Il faut faire abstraction des égos et des intérêts personnels. Pour nos décideurs politiques, l’enjeu n’est pas de seule- ment chercher à maintenir les restitutions, mais de comprendre qu’une refonte globale est inévitable et surtout très urgente. Veut-on sauver la filière grand export ou la laisser tomber ? »




Si la baisse des contrats d’achat du vif n’est pas suffisante, que proposez-vous ?


« Un plan d’action concerté et défini dans les prochains mois. Il faut agir à plusieurs niveaux pour abaisser notre coût global, euro après euro. D’abord au niveau des deux industriels, en rationalisant encore les quatre outils d’abattage-transforma- tion et la logistique, en focalisant les ventes sur les marchés plus valorisants, en revoyant la politique tarifaire.

D’autre part, l’amont devra produire diffé- remment, en augmentant la compétiti- vité des maillons. Ceci suppose de revoir le système d’intégration, afin que chaque partenaire qui investit puisse retrouver de la valeur. Enfin, il nous restera à négocier des aides complémentaires avec l’Europe, durant les quatre à cinq ans nécessaires à la muta- tion. Cet aspect est du ressort des autorités françaises. »



La filière poulet frais a-t-elle intérêt à soutenir ce plan d’action?


« Les opérateurs du marché français ont bien conscience que le débouché grand export a des effets sur leur propre compétitivité. Nous sommes interdépendants. En redynamisant la chaîne de valeur de l’export, on créera un effet levier incontestable pour la filière frais. La filière grand export peut contribuer à reconquérir le marché perdu en France. L’interprofession du poulet classique (CIPC) travaille sur la création d’un « cluster Gallus » regroupant tous les partenaires. L’idée est que la gouvernance et l’arbitrage économique soient réalisés au niveau collectif. Ce cluster pourrait aussi devenir le gestionnaire des diverses aides. »

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