Réussir Aviculture 21 janvier 2013 à 15h21 | Par P. Le Douarin

Interview de Christian Renault, consultant chez AND International - "La filière avicole est trop conservatrice"

Les principaux indicateurs économiques de la filière sont dans le rouge. Mais tout espoir de rebond n'est pas exclu. A condition de passer un pacte avec la société et le pouvoir politique.

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CHRISTIAN RENAULT est consultant au cabinet de conseil AND International spécialisé dans le secteur agroalimentaire, notamment
la viande. Il a initié les groupes de travail de FranceAgriMer qui ont travaillé sur la question de l’amélioration de la compétitivité des filières de viandes blanches.
CHRISTIAN RENAULT est consultant au cabinet de conseil AND International spécialisé dans le secteur agroalimentaire, notamment la viande. Il a initié les groupes de travail de FranceAgriMer qui ont travaillé sur la question de l’amélioration de la compétitivité des filières de viandes blanches. - © PLD

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•  Quel avenir voyez-vous pour la filière avicole dans dix ans ?

« Dix ans, c’est long dans la situation actuelle, lorsque des entreprises se posent la question de leur survie à très court terme et qu’elles ont du mal à avoir une visibilité à plus de deux ans. Dix ans, c’est le temps qu’il a fallu à la filière française pour passer d’une position de leader à celle de suiveur.

L’enjeu est simple : soit la filière sera prospère avec plus de deux millions de tonnes de production et exportatrice, soit elle poursuit son repli à moins de un million de tonnes en se focalisant sur les niches franco-françaises (label rouge, pintade, foie gras, caille, pigeon).

En résumé, il n’y aura pas d’avenir pour la production et la transformation sans une visibilité et sans la présence d’élevages industriels – j’insiste sur ce terme - et compétitifs au niveau européen. La consommation est basée pour 80 % sur des produits industriels aux standards mondiaux. »




• La diversité des productions avicoles- une spécificité française- est-elle une force ou une faiblesse ?

Beaucoup d’acteurs en font une force. Les Français aiment se différencier et consommer différemment. Cette spécificité freine l’accès des concurrents étrangers au marché et permet parfois d’exporter sur quelques niches. C’est insuffisant et peut constituer un handicap avec le passage à un niveau plus élevé de productivité qui implique la monoproduction. 



• Quelle est sa principale force ?

Ses compétences techniques, son savoir faire, ses volumes. Il reste 60 000 salariés français et des éleveurs qui ne veulent pas perdre leur gagne pain. Il reste des firmes puissantes avec des moyens de rebondir et des marques françaises. Cependant, les marques transnationales arriveront tôt ou tard comme dans les autres secteurs agroalimentaires.




• Quelle est notre principale faiblesse ?

« Pour un boursier, être dans l’aviculture c’est faire un « métier de pauvre ». Juste un chiffre : en 2010, le résultat net du secteur abattage était de 0,2 % du chiffre d’affaires. Autant dire rien. Les marges des éleveurs ont diminué, ainsi que dans l’alimentation animale. La majorité des outils sont amortis, vieux, et plus petits que ceux de la concurrence.

Globalement, l’insuffisance de compétitivité fait que sans être les moins chers du marché, on travaille à bénéfice très faible, voire à perte. De plus, les fonds propres se sont épuisés depuis dix ans. »




• Quelle est la plus grave menace qui pèse ?

« Le facteur de blocage principal est « l’interdiction de fait » de modernisation des élevages, avec des décisions administratives favorables aux groupes de pression environnementalistes. Sans possibilité de progrès à ce stade, la filière est condamnée.

Il reste à persuader le pouvoir politique et l’opinion que cela passe par la muta- tion industrielle des élevages avec de grands sites, non polluants et à énergie positive. Si l’aveuglement de la société par rapport à l’opportunité que représente l’activité avicole industrielle perdure, ce sera fatal. Il n‘y aura pas de rebond si le pouvoir politique ne déclare pas haut et fort que l’industrie avicole est une chance pour la France et qu’il faut la développer pour ses emplois, ses recettes fiscales et son ancrage territorial. C’est un enthousiasme qu’il faut déclencher. Encore faudrait-il le faire savoir avec un discours affirmé et unitaire. Le politique a le pouvoir de dénouer ce qu’il a noué. » 



• La filière française raisonne-t-elle vraiment en filière ?

« Oui, en façade. Beaucoup d’acteurs déplorent le déficit d’informations circulant entre les différents maillons, même lorsque l’intégration verticale est en place. La planification semble fonctionner sur un mode d’organisation ancien qui n’a pas su évoluer. L’évolution s’est produite dans d’autres pays où n’existe pas la même organisation et où les opérateurs ont compris qu’il fallait échanger davantage.

C’est la même chose pour le contrat à trois points qui ne s’adapte plus aux récentes réalités libérales du marché des grains. Il permet peut-être de produire le poulet vivant au moindre coût, mais pas d’optimiser le prix de revient du kilo de filet. Ce raisonnement en centres de profit était adapté à un contexte français avec de nombreux concurrents... La compétition européenne rend caduque cette organisation. »


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