Réussir Aviculture 22 novembre 2013 à 08h00 | Par Propos recueillis par Pascal Le Douarin

Frédéric Grimaud encourage à « se regrouper pour être de nouveau compétitifs »

Ce sera très difficile, mais le chemin du retour à la compétitivité passe par une volonté commune et un véritable partenariat franco-français, estime Frédéric Grimaud

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Pour Frédéric Grimaud, se demander 
collectivement quoi développer de nouveau 
et de différent » est une démarche indispensable pour un retour à la compétitivité.
Pour Frédéric Grimaud, se demander collectivement quoi développer de nouveau et de différent » est une démarche indispensable pour un retour à la compétitivité. - © Grimaud

. Quels sont, selon vous, les leviers à actionner pour être compétitifs ?


Frédéric Grimaud - « Les prix des produits de consommation courante, comme la viande de porc et de poulet, sont fixés par le marché et malheureusement pas seulement par leurs metteurs en marché. La compétitivité dépend donc beaucoup de la performance industrielle, c’est-à-dire de la productivité de la filière, mais aussi de la position sur le marché des opérateurs, et bien sûr des stratégies marketing. Un leader bénéficie de l’effet de volume qui lui permet de mieux s’optimiser au niveau industriel et d’imposer sa marque. En France, nous ne bénéficions plus de l’effet « nouveauté » comme c’est aujourd’hui le cas pour certains pays émergents. Hormis les Etats-Unis, avec leur très grand marché domestique, les pays aujourd’hui les plus compétitifs sont des acteurs qui ont construit leur industrie avicole sur des bases neuves, avec des méthodes industrielles optimisées d’entrée : le Brésil depuis quinze-vingt ans, l’Allemagne et la Pologne plus récemment, l’Ukraine ou la Russie bientôt… En France, il reste difficile de faire évoluer les exploitations familiales placées dans un environnement politique et social qui a tendance à bloquer les nécessaires évolutions. »

 

.  Comment sortir de ce blocage et de cette absence de dynamique ?


F. G. - « Le retour à la compétitivité ne se fera pas les uns contre les autres. Les Danois en porc et les Allemands en volaille ont compris cela. Les Allemands savent travailler dans une démarche nationale, en s’épaulant pour que chacun y trouve son compte. Peut-être pour des raisons culturelles, les entreprises françaises en sont encore trop souvent
à des batailles de clocher, pensant qu’elles pourront résister et se développer seules. Que d’énergie dépensée en polémiques et critiques souvent stériles. L’enjeu compétitif n’est plus franco-français, mais européen et mondial. Plutôt que de défendre coûte que coûte des acquis, nous pourrions collectivement nous demander quoi développer de nouveau et de différent pour défendre nos positions sur un marché bataillé. »


. Comment votre entreprise de sélection génétique fait-elle son affaire de la bataille de la compétitivité ?


F. G. - « Notre métier se caractérise par des coûts fixes très élevés que nous amortissons sur un grand nombre de pays, pour équilibrer les risques. Hélas, tous les marchés ne sont pas porteurs en même temps. En France, nous avons connu des périodes compliquées. Il a fallu changer et faire des choix. À chaque fois plusieurs options sont possibles. C’est souvent davantage la persévérance et la faculté de mise en œuvre de l’option retenue, plutôt que le chemin choisi, qui sont la clé d’une sortie par le haut. L’innovation est aussi un des éléments essentiels de notre stratégie. »


.  La France peut-elle encore jouer un rôle sur la scène internationale ?


F. G. - « Oui, sans aucun doute ! Mais nous sommes aujourd’hui sur la défensive face à de nouveaux entrants sur notre marché. À l’image des Danois en porc ou des Brésiliens en volailles, on pourrait développer une politique volontariste de conquête de marchés nouveaux, à condition d’en avoir la volonté et de bénéficier d’un fort soutien politique. La France a de sacrés atouts, avec de l’espace et des compétences en élevage et pour la production de céréales en quantité et en qualité régulières, à des prix compétitifs. On pourrait aussi mettre en place de nouvelles bases pour la production de vif et des outils industriels automatisés. On pourra y arriver à condition de sortir du syndrome du « village gaulois d’Astérix », pouvoirs politiques compris. »

Pour Frédéric Grimaud, « il n’y a pas de raison que la France ne puisse plus être exportatrice de viande de volaille ou de porc. »
Pour Frédéric Grimaud, « il n’y a pas de raison que la France ne puisse plus être exportatrice de viande de volaille ou de porc. » - © Hubbard

Compétitivité : un colloque en décembre 2013

 

 

Le 10 décembre 2013 à Paris, Frédéric Grimaud participera à la table ronde du colloque
« Les filières animales face au défi de la compétitivité » organisé par le réseau mixte technologique Économie des filières animales, qui regroupe l’ensemble des instituts techniques.

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