Réussir Aviculture 10 octobre 2005 à 15h07 | Par Armelle Puybasset

Enquête en élevage de dindes - Contre les entérites, agir d´abord sur l´eau

Une enquête de l´Itavi et de la Chambre régionale d´agriculture des Pays de la Loire a quantifié l´importance des troubles digestifs des dindes. La qualité de l´eau de boisson est un réel facteur d´amélioration.

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Près de trois quarts des lots de dindes enquêtés - 73 % exactement - présentent des troubles digestifs entre 0 et 42 jours. Il s´agit pour 60 % d´entre eux de troubles « non spécifiques », c´est-à-dire pour lesquels aucun agent pathogène n´a pu être identifié. « On entendait beaucoup parler des entérites non spécifiques mais on disposait, jusqu´ici, de peu de données chiffrées sur la réalité de ce problème, » explique Isabelle Bouvarel, de l´Itavi. L´enquête, réalisée par l´institut technique et la Chambre régionale des Pays de la Loire, dans une cinquantaine d´élevages de dindes du Grand Ouest, a permis de mieux caractériser les troubles digestifs apparaissant pendant la période à risque (jusqu´à 42 jours) et d´en identifier les principaux leviers d´action. Les premières conclusions ont été livrées à l´occasion de la journée des professionnels de la dinde(1).
Près de la moitié des troubles digestifs (45 %) se déclenchent entre 30 et 42 jours mais une apparition très précoce (avant 10 jours) est également possible (11 % des lots). Ils peuvent s´exprimer par des diarrhées plus ou moins importantes. Pour un tiers des lots, l´éleveur observe des diarrhées 3 jours sur 4 pendant la période d´élevage de 20 à 42 jours. Au final, ces lots, présentant des diarrhées, ont en moyenne un poids vif inférieur de 180 g par rapport aux lots indemnes et un taux de perte de 1 % supérieur.
L´Elancobox du laboratoire Elanco mesure la taille de l´auréole d´humidité formée autour des fientes. Elle s´est avéré être un bon outil pour évaluer les diarrhées. L´observation de fientes cæcales de couleur jaune-caramel est un bon indicateur de troubles digestifs. A l´autopsie, les signes de dérèglements digestifs sont très variés. Par ailleurs, les analyses bactériologiques permettent d´établir un lien entre l´apparition de diarrhées et la présence de germes anaérobies sulfitoréducteurs (Clostridium) dans le jéjunum et le cæcum.

L´eau, facteur de risque majeur
Cette enquête a, une fois de plus, montré que l´apparition de troubles digestifs est d´autant plus importante que la qualité de l´eau n´est pas satisfaisante. Les chiffres parlent d´eux-mêmes. « Seulement 38 % des élevages enquêtés ont une qualité d´eau correcte au niveau microbiologique (zéro germe en bout de ligne). 80 % des lots touchés par des troubles digestifs ont une qualité d´eau non satisfaisante, » constate Dylan Chevalier, de la Chambred´agriculture des Pays de la Loire. Malgré les traitements réalisés en continu (44 % des lots utilisent la chloration, 12 % du peroxyde), les analyses des bouts de ligne indiquent la présence de coliformes totaux (>5/100 ml) et de streptocoques fécaux (>5/100 ml) dans respectivement 36 % et 24 % des lots. « Ce n´est pas l´efficacité des traitements, en tant que tels, qui doit être remise en cause mais plutôt leurs pratiques (choix des équipements, dosage, contrôles réguliers, pratiques de nettoyage et de désinfection des canalisations), » note Dylan Chevalier.
On retrouve une quantité de chlore libre suffisante en bout de ligne (supérieure
à 0,2 mg/l) dans seulement un tiers des cas, d´où l´importance de réaliser un contrôle hebdomadaire (à l´aide de kits chlore, faciles d´utilisation). Cette enquête a également montré que l´origine de l´eau (réseau de distribution ou forage) n´avait pas d´effet sur sa qualité bactériologique. Par contre, celle-ci est plus fréquemment satisfaisante en présence d´un système de retour au bac (circulation de l´eau permanente).
« La maîtrise de la qualité de l´eau est un des leviers permettant de limiter l´apparition de troubles digestifs. Des marges de progrès ont pu être identifiées (qualité de l´eau à contrôler, vérification de l´efficacité des traitements en continu, protocole de nettoyage et de désinfection lors des vides sanitaires) » Il semble que d´autres pratiques d´élevage aient également un impact sur les dérèglements digestifs de la dinde : la présentation de l´aliment, les pratiques sanitaires, ou encore la gestion du démarrage, un thème sur lequel travaillent actuellement l´Itavi et l´Inra de Nouzilly.
La qualité bactériologique de l´eau est un facteur de risque majeur de troubles digestifs. ©A. Puybasset

Quelques recommandations pour veiller à la qualité de l´eau
 En vide sanitaire, trois étapes pour nettoyer les canalisations :
- Nettoyer avec une base forte pour éliminer les dépôts organiques. Bien rincer sous pression.
- Nettoyer avec un acide fort pour éliminer les dépôts minéraux. Bien rincer sous pression.
- Désinfecter la conduite d´eau avec un désinfectant homologué. Laisser agir le produit de façon à décoller les dépôts restants. Bien rincer sous pression.

 En cours de lot :
- Prélever et faire analyser l´eau (printemps et automne) : une
analyse physico-chimique par an et deux analyses bactériologiques
par an (un prélèvement dans le sas et un en bout de ligne).
- Si un traitement s´avère nécessaire, après s´être assuré d´une qualité physico-chimique satisfaisante (pH = 6, TH entre 10 et 15ºF, pas d´excès de matières organiques, fer, manganèse et nitrates.), privilégier la chloration.
- Prévoir un temps de contact suffisant entre l´eau et le chlore avant la distribution dans la canalisation
- Contrôler une fois par semaine la quantité de chlore libre présent en bout de ligne (à l´aide de kits de chloration)
- Privilégier, d´une manière générale, les systèmes avec circulation d´eau pour éviter les dépôts.

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