Réussir Aviculture 16 septembre 2013 à 08h00 | Par Pascal Le Douarin

Dossier - Regards d’éleveurs sur l’Allemagne

Ébranlées par la concurrence intra-européenne, les filières françaises de la dinde et du poulet standard s’interrogent sur les changements à réaliser. Pour mieux comprendre le succès allemand, des éleveurs et des techniciens sont allés sur place et livrent leurs impressions.

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Les Allemands veulent des bâtiments robustes et performants.
Les Allemands veulent des bâtiments robustes et performants. - © C. Reibel

Au mois d’avril dernier, vingt-et-un éleveurs, techniciens et délégués d’organisations professionnelles (Itavi, Cidef, chambres d’agriculture) sont allés découvrir la filière allemande de la dinde. Pour essayer de comprendre les écarts de compétitivité technique, économique, organisationnelle, ils ont rencontré deux équipementiers (Big Dutchmann, Pal-Bullerman), des opérateurs (couvoir Karstfehn, abattoir Geestland-Wiesenhof, chambre d’agriculture) et visité trois fermes. Le compte-rendu a été présenté à Rennes le 30 mai, lors de la session Itavi sur la dinde.
Ces dernières années, le développement allemand s’est surtout réalisé à partir d’élevages existants qui se sont agrandis. Selon, Dylan Chevalier, ingénieur avicole à la Chambre régionale d’agriculture des Pays de Loire, quatre-vingt pourcent des éleveurs auraient des bâtiments amortis, avec des charges fixes relativement modérées. La taille moyenne des ateliers atteint les 5000-6000 m2, sachant qu’un poulailler fait souvent 2 000 m2 et plus. « Les Allemands veulent des bâtiments performants, robustes, durables et économiques », résume Dylan Chevalier. Il est construit en briques, avec une main-d’œuvre et du matériau moins onéreux qu’en France (béton 30 % moins cher). D’où un surcoût modéré. L’investissement en poussinière varie de 250 € à 300 €/m2, et de 170 à 220 €/m2 en engraissement, matériel compris. Leurs durées d’amortissement sont aussi plus longues.


Exprimer le potentiel génétique


L’exploitation moyenne type fait environ 5 000 m2 avec 3 bâtiments, l’un servant de poussinière de démarrage mixte mâle-femelle et les autres d’engraissement des mâles. Le cycle de production est de 18 ou bien de 24 semaines. Vers 4 semaines, les mâles sont transférés. À 15-16 semaines, les femelles terminées en poussinière sont abattues. Celle-ci est nettoyée et désinfectée. À 18-19 semaines, de nouveaux dindonneaux sont démarrés. Les mâles sont abattus à 21 semaines ou plus et les bâtiments sont nettoyés et désinfectés pour accueillir les jeunes dindons de 4 semaines. Et ainsi de suite. Compte tenu de l’impact des performances sur leurs revenus, les éleveurs apportent un soin méticuleux au confort (ventilation, copeau et paille) et à l’espace (2,9/m2 en mâles et 5,5/m2 en femelles) pour atteindre des gains moyens quotidiens approchant les 100 g en femelle et les 150 g en mâle.


Craintes de blocages écologistes à venir


Avec une énergie électrique coûteuse (18 centimes par kWh au lieu de 10 en France), l’accent est mis sur la minimisation de ce poste. L’usage des énergies renouvelables  est fréquent pour apporter les calories chauffage en plus d’un revenu complémentaire. Les visiteurs ont noté l’absence de taxe environnementale – « contrairement à ce qu’on pensait » - même si les règles existent bel et bien selon le Land d’implantation. La réglementation s’attache à une obligation de moyens (pièges à poussières, captation des odeurs…) et non de résultats. « Avant de se lancer, les éleveurs savent ce qu’il faut faire. Ensuite, s’ils respectent la règle on les laisse tranquille », note Dylan Chevalier qui a apprécié ce pragmatisme allemand. Certaines innovations ou adaptations techniques ont ainsi été développées sous la contrainte réglementaire. Cependant, en Basse-Saxe les Français ont senti pointer la crainte du mouvement vert qui pourrait mettre un terme à la dynamique d’expansion.

- © C. Reibel

Au sommaire de ce dossier :

 

. p. 36 - Complémentarité entre productions de volaille et d’énergie.
Les producteurs allemands témoignent

. p. 38 - « Le volume d’air par  kilo d’aliment est le point clé ».
Siegbert Bullermann, PDG de Pal-Bullermann

. p. 40 - Une rentabilité cyclique.
Connexion forte au marché

. p. 41 - Chez Geestland, un tiers des abattages de dinde.
Concentration aval

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