Réussir Aviculture 10 juin 2013 à 12h22 | Par Pascal Le Douarin

Dossier Pays-Bas - Pas de poulet standard dans les GMS néerlandaises à partir de 2015

Aux Pays-Bas, la campagne médiatique orchestrée par l’ONG Wakker Dier a abouti à l’annonce de l’arrêt de la vente de poulet standard dans toutes les GMS néerlandaises.

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Affiche de la campagne médiatique de 2012 comparant deux poulets du même âge, l’un bio l’autre conventionnel, avec pour commentaire : « Le secret le mieux gardé par les supermarchés - 95 % des poulets sont des poulets qui éclatent - des oiseaux qui peuvent à peine marcher. »
Affiche de la campagne médiatique de 2012 comparant deux poulets du même âge, l’un bio l’autre conventionnel, avec pour commentaire : « Le secret le mieux gardé par les supermarchés - 95 % des poulets sont des poulets qui éclatent - des oiseaux qui peuvent à peine marcher. » - © Wakker Dier

La date du 25 février 2013 va sans doute rester dans les mémoires des producteurs de poulets néerlandais. Elle marque une étape importante de la guerre que mènent les défenseurs des animaux contre l’élevage intensif. Avec deux députés siégeant au Parlement, une organisation aux méthodes musclées (Wakker Dier) et l’équivalent de notre Société protectrice des animaux (Dieren Bescherming), nos amies les bêtes font souvent l’actualité. Depuis un an, Wakker Dier mettait la pression sur certains distributeurs, notamment les deux principaux Jumbo et Albert Heijn. Ils étaient accusés de vendre des « Plofkip », un nouveau mot créé pour frapper les esprits. Ce « poulet qui éclate » a fait mouche dans la tête du consommateur. Au point que les GMS ont dû réagir. En août dernier, la chaîne Deen a décidé de retirer le poulet conventionnel de ses rayons. Mais c’est le 25 février que tout a basculé. L’ensemble des distributeurs (excepté Aldi) se sont mis d’accord avec les abatteurs et les éleveurs. En 2015, le poulet « qui éclate » va être remplacé par le « Kip van morgen », le poulet de demain.



Ce sera au marché de trancher

 

Wakker Dier, qui n’est pas satisfaite de cet accord à minima, continue son travail de sape. D’une part, l’ONG souligne que cet accord ne touche qu’un tiers des poulets abattus aux Pays-Bas. D’autre part, elle estime que les critères de ce poulet de demain ne sont pas assez différenciants. Ils ont été établis sur la base d’un rapport fameux, celui de la Commission Van Doorn, publié en 2011. Selon celle-ci, toute la viande produite devra être « durable » en 2020.Ce poulet sera issu de souches à croissance plus lente (50 g de GMQ au lieu de 65 g) avec un abattage minimal de 45 jours. Le chargement maximal sera ramené à 38 kg, au lieu de 42 kg actuellement (18 poulets au mètre carré au lieu de 20). Les exigences environnementales seront plus élevées.Le gouvernement néerlandais a fait le choix de ne pas intervenir. « Il n’édictera pas de règles fixant les critères de durabilité pour le poulet de demain, souligne André Van Straaten, fonctionnaire en charge de la durabilité des productions hors-sol. C’est à la société et finalement au marché de décider. » D’habitude, ce genre de question est l’objet de règles européennes ou nationales. « C’est une approche vraiment originale », estime l’économiste Peter Van Horne.


Trouver des compensations économiques


Du côté des éleveurs, le problème du plofkip est loin d’être réglé. Pour compenser leur baisse de productivité, il reste à négocier sur une augmentation des prix. Les milieux néerlandais évoquent officieusement une plus-value de 1,50 euro par kilo de filet au détail, sachant qu’on trouve facilement du filet conventionnel à 6-7 euros par kilo. Une segmentation des producteurs va se produire, avec d’un côté (les moins productifs ?) qui produiront pour le marché néerlandais et de l’autre ceux (les plus performants ?) qui choisiront de produire du poulet standard pour les marchés d’exportation.Quant au consommateur, il risque d’être mis devant le fait accompli, comme en 2004, lors de l’arrêt de la vente des œufs issus de poules en cage au profit d’œufs de poules au sol. S’il avait le choix, ce consommateur serait-il prêt à payer plus cher un produit qui a peu de chances d’être différent ? Dans cette affaire, d’autres aspects ont été occultés. « On ne parle jamais du goût de ces poulets de demain », souligne l’économiste Peter Van Horne. L’enjeu du futur serait aussi de former le consommateur à la différence. Ce sera difficile dans un contexte de crise et dans un pays où le prix compte beaucoup.

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