Réussir Aviculture 02 février 2007 à 15h34 | Par Propos recueillis par Pascal Le Douarin

Christophe Labour - Pour le président de la section avicole FRSEA « la revalorisation des contrats est indispensable »

Pas encore quadragénaire, éleveur de dindes et de poulets standard, Christophe Labour estime que la pérennité du métier d´aviculteur passe nécessairement par une hausse des contrats de production.

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Quelle proportion d´aviculteurs de votre région se sentent menacés ou en difficultés économiques ?
Christophe Labour - C´est difficile à dire précisément, car les éleveurs se dévoilent peu, mais la situation est grave. Bon nombre d´entre nous s´accordent à dire qu´aujourd´hui, avec des bâtiments amortis, c´est plus dur que lorsque nous avions des emprunts à rembourser voici dix ans. Cela finit par démotiver, surtout lorsque la volaille de chair n´est pas l´activité principale. On me rapporte des exemples de quadragénaires qui ont fini de rembourser les emprunts et qui se tournent vers des productions plus rémunératrices, notamment le lait. On constate également dans les Gaec père-fils, l´arrêt de l´atelier complémentaire volaille lors du départ en retraite du père.
A votre avis, le motif économique est-il seul en cause ?
C. L. - Non malheureusement. Les contraintes ne sont pas plus lourdes qu´en lait, alors que les jeunes préfèrent cette production. Ce qui est souvent évoqué c´est bien sûr le manque de rentabilité, mais aussi le stress.
Par exemple, la pression d´abattoirs de plus en plus exigeants, les risques d´élevage, la montée des charges, la crainte de ne rien gagner. Nous sommes toujours sur le fil du rasoir. Si quelque chose dérape, la rentabilité du lot est perdue. Le risque pris n´est plus récompensé comme il devrait. Attention à ne pas rentrer dans un système de production au minimum.

Quelle est la solution que vous préconisez ?
C. L. - Dit crûment, c´est ramener du pognon dans les exploitations ! Si les industriels veulent encore avoir des producteurs demain pour faire tourner leurs propres outils, il va falloir les payer. Quitte à ce que la distribution perde un peu de ses marges confortables. Alors les éleveurs accepteront mieux le risque et le stress. Ils n´hésiteront pas à réinvestir pour maîtriser les aléas de l´élevage, faire des économies d´énergie. Je n´ignore pas le contexte économique général, la concurrence, mais le maillon production doit aussi gagner sa vie !
A quel niveau avez-vous chiffré cette revalorisation ?
C. L. - Pour gagner sa vie en dinde, il faut dégager 20 euros par mètre carré et par lot de marge poussin-aliment (MPA). Il manque 3 euros. Si les marges moyennes se sont améliorées, c´est parce que les éleveurs qui gagnaient moins de 15 euros ont arrêté. Restent donc ceux qui constituaient les deux tiers supérieurs du panier. Pour eux, la marge PA n´a pas changé et ils gagnent moins du fait de la hausse des charges. D´où la demande des Pays de la Loire de 20 euros pour les 66 % meilleurs, ce qui rejoint les demandes bretonnes. En poulet, la situation est moins catastrophique et nous demandons 7,5 ?/m2/lot de MPA.
La concentration des structures serait-elle une solution pour le revenu et le parc de bâtiments ?
C. L. - A court terme, on peut manquer de surfaces si rien n´est fait par les industriels. Sur le long terme, je suis plus interrogatif compte tenu de l´avenir incertain de la dinde et de l´évolution des importations. La spécialisation et l´agrandissement des élevages sont peut-être des moyens pour ne pas voir disparaître certains ateliers. J´ai le sentiment que c´est déjà en marche. D´autant qu´avec la mécanisation et l´automatisation, la taille exploitable par une personne peut croître. Mais attention. Il ne faudrait pas que cela pèse sur les rémunérations au mètre carré. Au moins, la spécialisation aurait aussi l´avantage de donner plus de poids aux éleveurs pour rétablir un rapport de force en leur défaveur.
Qu´attendez-vous immédiatement d´une interprofession volailles de chair ?
C. L. - Qu´elle redore le blason de la production de volailles et qu´elle redonne de la fierté aux éleveurs. Pendant la grippe aviaire, nous avons communiqué en état d´urgence et de crise, et cela a marché. Cependant je doute beaucoup de la naissance de l´interprofession en 2007, compte tenu des conflits personnels entre les deux grandes parties prenantes. Des concessions doivent être faites. En Pays de la Loire, nous avons fait connaître notre point de vue. Force est de constater que nous n´avons pas été entendus. Pourtant la démarche de filière, ça marche dans notre région. Nous avons montré notre cohésion durant la crise de la grippe aviaire. A tel point que cinq régions de l´Ouest (Bretagne, Centre, Limousin Poitou-Charentes et Pays de la Loire) nous ont confié un budget de un million pour mener des centaines d´actions de communication grand public.
(1) Pays de la Loire

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