Réussir Aviculture 31 mai 2012 à 10h03 | Par P. Le Douarin

Après la mise en location de Frangosul - Le groupe Doux n'est pas encore tiré d'affaire

Après avoir conclu un accord de location des actifs de Frangosul avec le Brésilien JBS, le groupe Doux surendetté n’est pas tiré d’affaire. Sa survie est en jeu. Un plan social semble inévitable et la faillite n’est pas exclue.

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AVEC SES 160 000 TONNES ANNUELLES, le marché poulet grand export est la fragile pépite du groupe, avec une pérennité qui dépend des restitutions européennes (environ 55 millions par an).
AVEC SES 160 000 TONNES ANNUELLES, le marché poulet grand export est la fragile pépite du groupe, avec une pérennité qui dépend des restitutions européennes (environ 55 millions par an). - © P. Le Douarin

 


(article extrait de Réussir Aviculture numéro de juin 2012 mis sous presse le 26 mai)


Quelle est la situation réelle du groupe Doux et quel sera son devenir dans les semaines à venir ? Ces questions ont été posées par les représentants syndicaux des 3 400 employés lors du Comité central d’entreprise (CCE) du 24 mai. Elles se posent aussi aux fournisseurs amont et aux éleveurs partenaires. Faute de communica- tion de la part du groupe familial non coté en bourse, les salariés et les observateurs sont réduits à faire des hypothèses. Les informations dont ils disposent sont la presse brésilienne ou les rumeurs sur l’activité des sites industriels et des élevages. Les délégués syndicaux déplorent le manque de transpa- rence. « Avec des élus du personnel séparés, français d’un côté et brési- liens de l’autre, le groupe a toujours joué sur deux tableaux. Après la cession de Frangosul, nous espérons y voir bientôt plus clair. »


Le Brésil semble définitivement abandonné


Du côté brésilien, c’est le vendredi 4 mai que JBS a annoncé avoir conclu un accord sous la forme d’une location des installations pour dix ans. Avec une option d’achat avant le terme. Le montant de la trans- action n’a pas été divulgué. Selon l’agence Reuters, JBS avait l’intention d’acheter, mais y a renoncé en raison du fort niveau d’endettement de Frangosul, du sien et de l’urgence. JBS a réinjecté du cash pour relancer Frangosul qui était en défaut de paiement. Le groupe a précisé qu’il repre- nait les 6 000 employés et les 1 500 éleveurs intégrés avec leurs impayés, mais pas les dettes. Il s’est engagé à rembourser 33,2 millions de réals(1) aux éleveurs d’ici juillet. S’ajoutent 20 millions aux presta- taires de service. Le retour à la normale des abattoirs fermés depuis avril est prévu pour mi-juin. Les syndicalistes français se demandent si d’autres clauses ont été négociées. Doux lâche-t-il tout ou partie du fonds de commerce Frangosul en dehors du Brésil ? Y aura-t-il encore la fourniture de matière première en France ? En clair, ce qui reste du groupe subira-t-il des effets collaté- raux ?


Un réel manque de visibilité en France


Quelle est la réalité de la situation de la branche française ? On sait que malgré un chiffre d’affaires de 1,4 milliard d’euros en 2010, le résultat net global s’est établi à moins 2,9 millions d’euros. Que Doux a augmenté son encours vis-à-vis de ses fournisseurs, notamment des éleveurs. Désormais, certains ne font plus mystère de retards de paiement allant jusqu’à cent jours. D’autres sont partis. Doux a fermé ses implantations allemandes pour soutenir l’activité des outils export français. À l’automne 2010, Guy Odri, le directeur général délégué, annonçait une relance du marché du poulet entier congelé export. C’est le seul marché qui progres- sait, mais sa croissance s’est tassée à partir du second semestre 2011. Les sites tour- nent toujours en trois équipes, mais vivent des jours non travaillés, après une semaine de mise au repos forcé. Les activités frais et élaborés seraient à la peine.


Le risque de règlement judiciaire écarté par Charles Doux


Doux aurait une dette globale estimée aux environs de 400 millions d’euros. Comment est-elle répartie entre le Brésil et la France ? Qu’a changé la cession de Frangosul ? Doux finira-t-il par trouver un partenaire financier (Barclays ou autre) ou un industriel parmi des opérateurs amont ou aval de la filière ? Compte tenu du nombre d’emplois directs et indirects en jeu, le fonds stratégique d’investissement va-t-il réexaminer le dossier ? Une restructuration des trois pôles (export, frais, élaborés) avec un plan social, des cessions ou des arrêts d’activité est probable. En comité d’entreprise, Charles Doux a écarté l’hypothèse du règlement judiciaire. Il a aussi annoncé le retour de la famille Doux aux commandes et avoir demandé un audit des activités. Il renou- velle aussi la direction. Suspendu de ses fonctions le 16 mai, Guy Odri a été remplacé par Jean-Charles Doux, fils de Charles. De plus, Briec Bounoure, prédécesseur de Guy Odri, a fait sa réapparition. Un nouveau directeur des ressources humaines a aussi été nommé.


(1) Le 26 mai, 1 réal valait environ 0,39 euro.

chiffres clés
chiffres clés - © P. Le Douarin

Douze sites aval export, frais et élaborés


■ Abattoirs grand export : Châteaulin, Plouray, Chantonnay.


■ Abattoirs et découpe produits frais : Blancafort et Boynes dans le Centre, Champagné-Saint-Hilaire dans la Vienne, Graincourt dans le Nord, Laval, Pleucadeuc et Sérent dans le Grand Ouest.


■ Ateliers produits élaborés : Quimper et Vraie Croix.

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