Réussir Aviculture 05 octobre 2007 à 17h14 | Par Armelle Puybasset

Alimentation - L´incorporation de blé entier étudiée à l´échelle de la filière

Bien maîtrisée, l´incorporation de céréales entières à la ferme peut présenter un intérêt économique pour l´éleveur céréalier. Il est plus discutable à l´échelle de la filière et fait l´objet d´une étude. C´est la chambre régionale d´agriculture des Pays de la Loire qui mène ces travaux.

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La technique de l´incorporation à la ferme de céréales entières dans l´aliment des volailles est pour le moins un sujet sensible au sein de la filière. Cette pratique est employée par quelques producteurs en filière longue pour valoriser leurs céréales et baisser leur coût de production. Elle est encore marginale mais suscite un intérêt croissant dans un contexte économique difficile. La céréale concernée est le plus souvent le blé, utilisé entier et en mélange avec l´aliment complet. Généralement efficace au niveau économique pour l´éleveur, cette méthode peut aussi rapidement mener à des dérives si elle est mal maîtrisée. Une trop forte « dilution » de l´aliment engendre une dégradation des performances techniques du lot (hétérogénéité, baisse du rendement filet). Par ailleurs, la plupart des opérateurs redoutent qu´un développement de cette pratique ait des conséquences économiques négatives sur la compétitivité de la filière, notamment en baissant les tonnages des fabricants d´aliments.
C´est dans ce contexte que la chambre régionale des Pays de la Loire, à la demande de sa commission interprofessionnelle de recherche appliquée, composée d´éleveurs du Cravi(1), de représentants des fabricants d´aliment et d´abattoirs, a démarré en 2005 une étude sur l´incorporation de céréales en filière longue. « Bien que cette pratique soit assez répandue dans certains pays de l´Europe du Nord, nous disposions de peu de références et de peu de recul en France (matériel utilisé, type de céréales, taux d´incorporation.) », explique Dylan Chevalier, ingénieur avicole de la chambre régionale et de l´Itavi, pilote de l´étude. Celle-ci a donc deux objectifs. Le premier est de vérifier l´intérêt technique de cette pratique et, le cas échéant, de rédiger un guide technique cadre pour les éleveurs. Le second est la mise au point d´un outil économique d´aide à la décision adressé à l´éleveur et intégrant la dimension « filière ».
Bien répandue aux Pays-Bas, la technique d´incorporation de céréales entières dans l´aliment en filière longue fait l´objet d´une étude en France. ©A. Puybasset

35 % des éleveurs sont « intéressés »
Le premier axe de travail a consisté à évaluer le potentiel d´éleveurs intéressés par une telle pratique. Sur 100 aviculteurs des Pays de la Loire sondés (50 % en standard, 35 % en certifié, 20 % en label et 60 % avec des productions végétales), plus d´un tiers se dit prêt à développer cette pratique, à condition qu´elle soit accompagnée d´un appui technique et que l´intérêt économique soit prouvé. Les 65 % restants ne disposent pas de surfaces agricoles ou de capacités de stockage suffisantes et/ou sont satisfaits du mode de fonctionnement actuel (rajouter des céréales serait une contrainte supplémentaire).
Plusieurs essais ont également été menés dans deux exploitations : incorporation de blé entier dans l´aliment de poulets et de maïs humide concassé dans un élevage de canards maigres. Dans les deux cas, la céréale était mélangée à un aliment complémentaire (enrichi en protéines) fourni par le fabricant d´aliment (Arrivé et Peigné).

Ainsi, le mélange complémentaire + céréales avait les mêmes caractéristiques nutritionnelles que l´aliment complet distribué au lot témoin (pas de dilution). Publiés en mars 2007 lors des Journées de la recherche avicole, ces essais ont montré qu´il était possible d´incorporer des céréales en mélange à un aliment complémentaire sans dégradation des performances techniques et sans impact sur le comportement alimentaire. A marge fabricant d´aliments (complet et complémentaire) et prix de reprise des animaux équivalents, les marges PA des éleveurs sont même améliorées. Ces résultats vont être complétés par des essais réalisés avec d´autres organisations de production en fin d´année. L´étude va être recentrée sur le blé. « Le maïs humide a trop de contraintes d´utilisation et de conservation (investissement en matériel important : silo tour, transfert pneumatique). En revanche, le blé, disponible localement, et élément de base de la ration, se stocke et s´utilise plus facilement. L´investissement est plus modéré (moins de 10 000 euros tout compris). » Deux méthodes de distribution seront testées : le mélange de blé avec un aliment complémentaire et l´alimentation séquentielle.
Coefficient d´intérêt pour la filière
Tous ces travaux serviront à la rédaction d´un guide technique qui sera disponible en 2008. Il décrira précisément les règles d´incorporation de blé dans un aliment complémentaire ou en dilution dans un aliment complet. Ils vont également aboutir à l´élaboration d´un logiciel, qui aidera l´éleveur intéressé, et en cas d´accord contractuel avec son organisation partenaire, à décider de l´intérêt économique à développer cette pratique dans son exploitation. « L´objectif est que l´éleveur puisse entrer dans son ordinateur les données relatives aux prix des céréales, de l´aliment complémentaire ou de l´aliment complet, fournis par son fabricant d´aliment. La formule de calcul tiendra compte d´un « coefficient filière ». Il reflètera l´impact de l´incorporation de céréales sur chaque maillon de la filière.
Cela nécessite de mesurer un certain nombre de variables économiques : moins de charges de transport et de transformation des céréales (économie d´énergie) mais coût matière plus important de l´aliment et réduction des volumes commercialisés par le fabricant d´aliment ; investissement en temps et matériel et contraintes techniques nouvelles pour les éleveurs ; augmentation du poids de gésier pour les abattoirs (l´ajout de blé entier induit un développement de l´ordre de 35 % du gésier).
D´autres variables, particulièrement dures à évaluer pour l´instant, pourront être étudiées par les éventuelles organisations intéressées. C´est le cas notamment de la valorisation potentielle du produit au niveau du consommateur (meilleure image, lien au sol).
En cours de calcul, on ne peut dire pour l´instant si ce coefficient d´intérêt sera négatif ou positif. « En cas de développement, cette pratique nécessiterait une refonte du contrat de production établi entre l´éleveur et son organisation partenaire, avec également un certain nombre de règles techniques à appliquer. Quoi qu´il en soit, les responsables professionnels agricoles ne feront pas la promotion de cette pratique d´alimentation si l´intérêt économique n´est pas confirmé à l´échelle de la filière », souligne Dylan Chevalier.


(1) Comité régional avicole des Pays de la Loire.

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